gloiredalbert anticycloneDelcourt continue la réédition des œuvres de Davodeau présentes à son catalogue. Cette fois, ce sont La gloire d’Albert et Anticyclone qui ressortent quasi-simultanément, regroupées au sein d’une trilogie (Ceux qui t’aiment a également paru en mai, quelques semaines plus tard) intitulée Un monde si tranquille. Et quoi de mieux que de « vieux » (les livres datent respectivement de 1999 et 2000) Davodeau pour patienter jusqu’à la sortie de son nouveau récit (Cher pays de notre enfance, avec Benoit Collombat) prévu chez Futuro à la rentrée ?

Si le regroupement des 3 titres au sein d’une trilogie n’avait pas été prévu par l’auteur à l’époque (on peut donc lire chaque tome indépendamment des autres), le ton des récits et les thèmes abordés en font un choix (en plus du « coup » éditorial) cohérent. Car derrière ce titre ironique c’est bien le désenchantement et l’aigreur qui règnent ici. Dans Anticyclone, Davodeau s’immisce dans le monde du travail. Le portrait que l’auteur en fait est aussi mordant qu’acide : à cause de l ‘angoisse du chômage, les salariés sont ici prêts à tout, ou presque, pour garder leur job ou obtenir un C.D.I. : balancer des collègues qui vont lancer une grève au Directeur des ressources humaines ou doubler un chauffeur sur une mission. Et comme du côté de la direction, on joue, très ironiquement, sur la précarité des salariés, tout cela pourrait bien tourner au drame…

Et dans La gloire d’Albert, c’est le monde politique que Davodeau explore. Et le constat est amère également : il est tout aussi vérolé que le monde économique ! Manipulations, calculs électoraux ainsi que populisme et même assassinat : les politiciens dépeints dans La gloire d’Albert sont pourris jusqu’à l’os. Et c’est bien sûr le citoyen lambda qui en fait les frais. Tel Albert qui a été témoin du meurtre de Philippot, l’une des têtes pensantes d’un parti bien à droite qui avait créé des milices pour remettre de l’ordre dans sa région, maquillé en accident et qui décide d’aller débusquer les 2 tueurs seul pour montrer de quoi il est capable…

Malgré quelques maladresses dans les dialogues, parfois peu naturels, et approximations dans le dessin, l’ADN artistique de Davodeau était déjà là avec ces 2 récits ancrés dans le réel où l’on sent clairement où vont les sympathies de l’auteur. Une bonne occasion en tout cas de compléter votre collection !

(Rééditions – Delcourt)