bumf_1Alors qu’il est à 2 doigts de prendre les commandes d’un escadron, un dénommé Sacco se ravise finalement. Il faut dire qu’il n’a jamais piloté un avion…Revenu sur le plancher des vaches, le colonel Vatenguerre lui confie une tâche plus en rapport avec ses compétences : dessiner, jusqu’à la fin de la guerre, comment lui et les États-Unis ont niqué, littéralement, le Kaiser…Pendant ce temps-là, le président Nixon se réveille en plein cauchemar : il était organisateur communautaire à Chicago…Heureusement, son épouse Michelle, une belle femme noire, est là, à ses côtés, pour le rassurer…

Bumf est un retour aux sources pour Sacco puisqu’il revient ici à la satire politique qu’il pratiquait à ses débuts. Une satire de sale gosse, qui tire sur tout ce qui bouge à la façon d’un Robert Crumb (c’est l’auteur lui-même qui présente ce récit de cette façon), délirante à souhait puisqu’elle mêle un siècle d’histoire américaine : de la première guerre mondiale au 11 septembre, en passant par le Vietnam, la guerre en Irak ou l’élection d’Obama tout en compactant tous ces évènements en quelques semaines et c’est Nixon, dans le corps duquel tous les présidents américains ont fusionné, qui les vit.

Mais derrière l’apparence barrée de l’histoire, Bumf est une charge violente contre les États-Unis et ses institutions : Sacco y montre un pays devenu fou (la planète Terre a d’ailleurs été cédée à un coin de la galaxie Andromède…) où les libertés individuelles n’existent plus, où la torture et l ‘humiliation façon Abou Ghraib sont désormais la règle en matière de loi et de justice, où le président américain se prend pour l’envoyé de Dieu sur Terre ayant droit de vie ou de mort sur ses sujets et où des scénaristes (y compris des auteurs de bd) sont chargés de mettre en forme l’histoire officielle à raconter au peuple, élu de Dieu faut-il le rappeler…

Un premier volume aussi déjanté (tous les personnages se baladent nus, une cagoule sur la tête et les scènes de copulation ou de torture sont omniprésentes) que décoiffant qui propose une sorte de relecture hallucinée, et particulièrement amère et désenchantée, de l’histoire américaine de ces dernières décennies (le récit intègre, notamment, des références à la guerre du Vietnam et aux bombes au napalm, aux lois liberticides d’après le 11 septembre ou à Guantanamo). Sacco ne va pas se faire que des copains sur ce coup-là…

(Série  – Futuropolis)