joblard-l-hygiene-de-la-vermine-roman-par-jean-marc-royonFigurez-vous que non contents de sortir tous les 2 mois leur revue remplie à la gueule de bds, de nouvelles ou de fausses pubs, les éditions AAARG ! publient également des bandes dessinées mais aussi des romans, mais oui !, dans leur collection Canaille. Et si vous avez déjà ouvert AAARG !, le magazine, vous imaginez bien qu’ici la littérature est forcément différente et décalée !

L’hygiène de la vermine est le deuxième roman qui narre les aventures de Joblard, après T’es le meilleur, paru l’an dernier. Jean-Marc Royon y raconte le quotidien de 3 colocataires (le vieux, ancien ingénieur au chômage ; Grand Max, grande gueule qui vit sur sa pension handicapé et Joblard donc, ex-machiniste qui a décidé d’assumer ce qu’il est : un paresseux qui aime rien mieux que bouquiner et picoler) entre conversations d’ivrognes (et cuites…) au Tonneau (le bar qui est devenu leur repère), plans pour faucher des bouquins à la Fnac et l’inévitable et parfois pesante cohabitation à l’appart. Un quotidien fait de pas grand chose qui va pourtant être carrément bousculé par une série de meurtres macabres (les victimes explosent littéralement de l’intérieur sous l’effet d’un poison puissant) de sans domiciles fixes dans le quartier République, à Paris. Car sous prétexte qu’il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment voilà qu’Etienne Joblard est accusé des homicides ! Les losers ont toujours été des proies faciles pour la société. Joblard, aidé bien sûr de Grand Max, va une nouvelle fois devoir mener sa propre enquête pour prouver son innocence…

Vous avez probablement déjà compris que L’hygiène de la vermine propose une lecture atypique et résolument différente de ce que l’on peut trouver habituellement au rayon bouquins de votre libraire. En premier lieu parce qu’il n’est pas si courant qu’un auteur s’intéresse, et choisisse même, comme personnages principaux, des paumés, des laissés pour compte. Des « losers » tout simplement pas faits pour vivre selon les règles imposées par la société, pour lesquels l’auteur montre une vraie tendresse, une sincère sympathie. Mais aussi parce que le style de Royon détonne ! Vrai, sans fard, cynique, parfois trash, il mêle argot, comparaisons pas piquées des vers (« Je réalise que mon moral est aussi bas qu’une couille de cul-de-jatte »), calembours en tous genres (du plus pourri au plus subtil) et réflexions existentialistes. C’est lui qui donne tout son sel au roman (même si l’intrigue, rondement menée, tient en haleine jusqu’au bout), avec souvent un sacré sens de la formule. Extrait : « Si certains ont pu naître sous une bonne étoile, alors j’ai dû pour ma part voir le jour pendant une éclipse. Je n’ai jamais rien demandé d’extraordinaire à la vie, sinon qu’elle me foute la paix, mais je constate aujourd’hui que ce modeste vœu est sans doute le seul qui ne peut pas être exaucé. Elle ne vous lâche jamais la grappe, la vie ». Vivement conseillé, surtout si vous êtes sur Paris pendant les vacances!

(Roman – AAARG ! éditions)