infiltresDanemark, 14 juin 2016. Rolf et sa bande veulent passer un message fort en mitraillant la mosquée de Copenhague. Mais ils n’avaient pas prévu que même la nuit il pouvait y avoir du monde à l’intérieur. Et quand le cheikh Masri sort, Rolf panique et fonce sur le responsable musulman. Un assassinat pas forcément prévu mais qui pourrait finalement être bénéfique au « Renouveau Danois » en ralliant d’autres sympathisants à la cause anti-djihad du groupuscule d’extrême droite. Du côté du ministère de la justice, c’est bien sûr le branle bas de combat et la ministre s’empresse de mettre la pression sur l’équipe de Suzanne Hennings à la brigade anti-terroriste en lui donnant 15 jours pour régler l’affaire…

Si ce thriller particulièrement efficace peut bien sûr compter sur le savoir-faire (agent infiltré dans le groupuscule, tension qui va crescendo, allié extérieur secret du « Renouveau Danois »…) de Runberg pour ce premier tome, c’est cependant son aspect politique qui différencie Infiltrés des autres polars et le fait évoluer un cran au dessus de ses semblables. Car le scénariste a en effet décidé de planter l’intrigue de son nouveau diptyque au cœur de l’extrême droite européenne. Et aidé d’Olivier Truc (spécialiste des courants de l’extrême droite et correspondant depuis plus de 10 ans du Monde pour les pays Baltes), il a fait en sorte d’être ici le plus réaliste possible et surtout de proposer un état des lieux le plus juste qui soit de l’extrême droite européenne actuelle, mettant en lumière l’évolution qu’elle a connue ces dernières années (elle a progressivement délaissé son antisémitisme traditionnelle pour devenir anti-islamiste), l’influence de l’idéologie « Counter Jihad » ou de la théorie Eurabia sur les courants ultra-nationaux actuels et l’impact des actes d’Anders Breivik en 2011 (qui avait revendiqué une attaque préventive, au nom du peuple, contre des traitres contribuant à la colonisation de la Norvège par l’Islam) et du manifeste qu’il avait mis en ligne juste avant.

Un travail de vulgarisation politique particulièrement réussi pour ce thriller aussi efficace qu’édifiant, judicieusement mis en images par Thomas qui plus est.

(Diptyque – Quadrants)