public-image-ltd-what-the-world-needs-nowDifficile mission que de parler de Public Image Ltd en 2015, tant le PIL de 1978 était novateur et marquant. Difficile mission sans doute aussi pour John Lydon : Sortir un dixième album de son groupe plus de 35 ans après sa formation ne doit pas être une mince affaire. « This is PIL », l’album du retour (après 17 ans d’absence) tenait pourtant la route.
Attention tout de même. Premier devoir pour renouer avec le groupe post-punk reformé : essayer d’oublier les disques de 1978 qui tournent si souvent sur ma platine. Ne pas se souvenir de la basse de Jah Wobble, ou de la guitare de Keith Levene. En somme oublier ce que l’on connait d’eux.
Le PIL de 2015 (ou de 2012) est un groupe neuf.
L’album débute sur un titre qui nous renvoie d’ailleurs plus à Sleaford Mods et son rap post-punk monotone (ou à The Fall pour la musique) qu’à l’image prévu de Public Image. Ce n’est pas une si mauvaise nouvelle. Ce premier titre surprend, et la voix de Lydon, sur-mixé, vous prend à la gorge. On oublie le passé et on peut rentrer dans ce nouveau disque. On voit défiler la folie acide de ce que nous connaissions du groupe (« Know now » ou le tubesque « I’m not Satisfied »). Les guitares sont incisives, Lu Edmonds (Damned) sait y faire. La hargne d’un Lydon de 59 ans n’est pas celle du jeune voyou sorti des Pistols, mais le bougre s’en sort plutôt bien. Puis le groupe dévie vers l’ironie, et l’imitation d’un Bowie (« Bettie Page » qui me laisse perplexe) ou vers des titres plus classiques et plus accessibles (« Spice of Choice », « The One »). On retrouve aussi évidemment et heureusement quelques dub (notamment « Big Blue Sky »).
« What world needs now » défend donc bien sa place.
Malheureusement, l’effort de ces papys du punk, aussi beau soit-il, reste incomparable avec la folie créative de jeunes punks de 20 ans épris de liberté artistique. Et malgré certains titres réussis, il reste difficile de l’oublier. Cela donne parfois à ce disque le sentiment d’essayer de renouer avec le passé sans y arriver réellement. Reste un savoir-faire indéniable, une technicité améliorée, et quelques titres fonctionnant parfaitement. Nous ne sommes pas à la hauteur des débuts du groupe, mais les anglais continuent clairement sur la lancée de « This Is PIL », et ce avec réussite.