grandesoreillesErwan Manach est journaliste. En 2011, il reçoit un mail sur sa boîte aux lettres anonyme qui lui révèle que la société française Bull (via sa succursale Amesys) aurait vendu, pour un peu plus de 12 millions d’euros, un système de surveillance de l’internet à Kadhafi en 2008 qui aurait permis à ce dernier de réprimer le printemps arabe dans son pays en torturant et éliminant opposants et leaders du mouvement révolutionnaire. Un scoop qui paraît trop gros pour être vrai…

Pourtant, après plusieurs mois d’enquête, Manach réunira assez d’éléments pour prouver la véracité des faits. Pire, il découvrira que des ingénieurs de cette société et des militaires français ont formé, en 2008, les services de renseignements libyens pour placer la totalité du pays sur écoute…Et que l’état français était donc au courant de cette vente et qu’il l’a même initiée, en demandant au désormais célèbre Ziad Takieddine de jouer les intermédiaires auprès de Kadhafi et de son beau-frère Abdallah Al-Senoussi (chef des services de renseignements libyens qui avait été condamné à perpétuité pour l’attentat du DC-10 d’UTA qui avait fait 170 morts en 1989)…

Si vous n’avez jamais bien compris quel rôle Takieddine avait joué dans les différentes affaires dans lesquelles il est régulièrement cité ou pour qui il a effectivement travaillé, ce Grandes oreilles et bras cassés est pour vous ! C’est en effet une véritable leçon de journalisme que propose Manach ici en faisant toute la lumière, avec rigueur et clarté, sur toute cette affaire (mais aussi, en passant, sur celles des frégates de Taïwan ou de l’attentat de Karachi) tout en expliquant, chemin faisant, comment il s’y est pris pour démêler les fils de cet imbroglio.

Le récit est passionnant mais aussi totalement effarant puisqu’il met en exergue jusqu’où un gouvernement, le nôtre !, est capable d’aller pour améliorer sa présence diplomatique dans une région ou lever des fonds (car il y a bien sûr eu des rétro-commissions lors de cette vente aussi…) pour financer une campagne présidentielle (celle de Sarkozy). Inutile de dire que c’est avec une drôle d’amertume en bouche que l’on referme le livre…

(Récit complet – Futuropolis)