ousontpasseslesHugo est complètement paumé. En apparence, il a pourtant tout pour être heureux : même si son boulot de lettreur ne l’enthousiasme pas plus que ça, il a Alice, sa femme, et Violette, leur fille, qu’il adore. En apparence…car le secret qu’Hugo cache est bien plus difficile à porter qu’il ne le pensait. Depuis que Fred, son meilleur ami, s’est tué sous ses yeux, il a en effet commencé à merder sérieusement. Il a ressenti le besoin de sortir, de voir d’autres personnes et il a trompé Alice avec Zoé, qu’il a mise enceinte…Et quand il s’est enfin décidé à avouer la vérité à sa femme, elle l’a forcément très mal pris et est partie de l’appartement avec leur fille…

On a choisi de parler d’Hugo dans ce résumé mais on aurait aussi très bien pu mentionner Etienne ou Jean-Marc. Et même aborder les raisons qui ont poussé Fred à mettre fin à ses jours. Car Où sont passés les grands jours ? a souvent des allures de récit choral. Ce qui intéresse en effet Jim ici c’est bel et bien de montrer, au travers de tous ces destins qui s’entrecroisent, que la vie est décidément toujours étonnante, espiègle et imprévisible. Et qu’il faut la prendre à bras le corps, cette vie, sans trop se poser de questions ni regarder en arrière. Et, surtout, ne pas avoir peur de rêver. Il n’est pas étonnant que Jim ait décidé de faire jouer aux Mots de Sartre un rôle dans l’intrigue de son récit volontiers existentialiste, dans un registre plus grand public que l’œuvre du philosophe bien sûr…

On l’avait déjà souligné dans notre chronique du tome 1, il n’est vraiment pas évident de faire passer en bd des sentiments aussi complexes que la mélancolie, l’amertume face au temps qui passe, cette impression d’être piégé dans sa propre vie ou cette envie, parfois folle et incontrôlable, de sentir que l’on est vivant, vraiment. Pourtant, Jim et Tefenkgi, malgré quelques aspects de l’histoire peu crédibles (comme quand Hugo continue d’appeler le portable de Fred après sa mort) ou un brin naïfs, y parviennent par moments dans ce diptyque qui propose aussi des portraits assez réussis de trentenaires occidentaux du XXIème siècle.

(Diptyque – Grand angle)