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(Anniversaire Prohibited records, Point Ephémère)

 

Le 29 aout dernier, après 16 années d’absence, l’un des groupes les plus marquants de la scène française des années 90* remontait sur scène au Mans (festival Teriaki). Un mois plus tard, c’est au tour de Paris, leur ville d’origine, de retrouver Prohibition, qui profite du vingtième anniversaire de leur label Prohibited Records pour brancher de nouveau leurs amplis. Prohibition, ce groupe que l’on comparait souvent à Fugazi (avec qui ils partagèrent une tournée), ou aux groupes de Dischord records ; ce groupe qui incorporait le sitar indien, ou le sax free de Quentin Rollet ; ce groupe qui partageait régulièrement les dates avec Condense ou Portobello Bones… toute une époque.
Comme beaucoup de mes camarades, le retour du groupe me rapatrie vingt ans plus tôt. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Je n’écoute plus vraiment leurs disques, mais je sais que ré-entendre les morceaux de l’époque ne pourra pas me laisser de marbre. Trop de moments partagés avec le groupe durant les années 90…

En ce jeudi soir, alors qu’il pleut dehors, c’est un peu le retour vers le futur au Point Éphémère. La grande messe des quarantenaires. On retrouve tous les amis de l’époque, ceux qu’on voyait toujours quand un groupe Prohibited passait dans le coin. Il y a les camarades de route. On croise des membres d’Heliogabale, de Pregnant, de Purr, de Playdoh, Orval Carlos Sibelius, j’en passe et des meilleurs… On se croirait revenu à l’époque, avec quelques poils blancs en plus. Peut-être quelques kilos aussi…

La salle n’est pas encore pleine quand le duo belge Patton commence son set. Comme chez Prohibition, c’est là aussi une histoire de frangins, et ce depuis la fin des années 90. Mais contrairement aux Laureau (Prohibition), eux n’ont pas gardé de partenaires extérieurs. C’est donc en duo que nous retrouvons le groupe qui sortira, quelques jours après cette date, son nouvel album chez Prohibited (lire la chronique ici). Difficile de se concentrer. On retrouve tout juste les amis, on parle. Sur scène, le duo essaie de capter l’attention avec une musique assez intimiste, et plutôt cérébrale. Une musique travaillée pour une écoute attentive. Je retrouve bien les morceaux de l’album que j’ai eu la chance d’écouter avant de venir, mais la précision du studio est évidemment difficile à reproduire sur scène. Le set est bon, léché, bien qu’un peu long, mais il est évident que les gens sont venus voir Prohibition, moi le premier, et j’ai définitivement du mal à me concentrer devant tant de bienséance.

Du coup, l’arrivée d’Antilles, le groupe d’anciens Sister Iodine (autre groupe marquant des années 90) et de Jérome Lorichon (Berg sans Nipple / Purr), est plutôt libératrice. Car on est à l’opposé de Patton. Quand les Belges aiment le travail d’orfèvre, délicat et réfléchi, les parisiens ont une approche beaucoup plus animale, bruitiste, sauvage. Le changement est violent mais Antilles arrive à attraper le public, et couper les discussions. Sa musique utilise les mêmes ficelles que l’electro, mais dans une version définitivement bruitiste et frontale. J’y aurais bien vu du chant pour donner une dimension plus post-punk, mais le groupe, s’il peut nous perdre sur la longueur avec son approche toujours expérimentale, tient son set, sans compromis.

Puis c’est à Prohibition de monter sur scène. La salle de 300 places se remplit enfin. Les premières notes résonnent. On y est. Comme à l’époque. Le son, les morceaux, et même le chant de Nico, rien, ou presque, n’a changé. Quentin Rollet, à droite de la scène, ajoute bien un peu de clavier ici, mais en gros, on retrouve nos repères. Je n’ai pas écouté ces morceaux depuis une dizaine d’années et pourtant tout revient. La maîtrise du groupe est parfaite. Les parisiens n’ont jamais été amateurs de l’a-peu-près. Mais là-encore, comme à l’époque, leur force reste leur principal défaut : tout est nickel, parfait, fluide, mais même pour leur anniversaire, on ne les sent pas se lâcher. Pas d’excès, pas de folie. J’aurais aimé en voir.

Peu importe, le groupe joue les différentes époques de sa discographie, installant des sourires sur les visages. Seul « break », l’un des premiers tubes du groupe (sur « nobodinside« ) passe à la trappe. Pour le reste, le public semble content, les applaudissement sont fournis. On assiste à des retrouvailles entre amis, des gens souvent passés à autre chose, mais revenus renouer avec leur passé. Et même si on entend quelques remarques sur un set manquant de sauvagerie ou de surprise, je suis très heureux de revoir le quatuor réuni, et d’entendre ces morceaux de vingt ans. Pas besoin de plus. Le contrat est rempli, ni plus ni moins. Merci les gars !

 

*non, je ne parle pas de Condense !

 

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photos : [cg]