mortautsarLe grand-duc Sergueï Alexandrovitch va mourir. Parce qu’il est le gouverneur de Moscou qui a fait tuer 47 personnes venues protester contre la famine et des conditions de vie de plus en plus difficiles. Et parce qu’il est l’oncle du tsar Nicolas II, despote qui n’a aucune compassion pour son peuple qui le haït en retour. Ce n’est qu’une question de jours. Voire d’heures. Tous les anarchistes et révolutionnaires de Moscou ont en effet juré de le tuer. C’est le cas de la cellule dirigée par Georgi. Malgré un premier échec, Andreï et le parti socialiste révolutionnaire désirent lui donner une seconde chance. Et cette fois, il s’agit de ne pas se louper. Alors Georgi rencontre une dernière fois ses hommes pour mettre au point leur plan et les jauger. Qui d’Erna la romantique, Vania le mystique ou Heinrich l’étudiant choisira-t-il pour lancer la bombe ? A moins qu’il ne s’en charge lui-même…

Vous l’avez compris si vous avez lu le début de Mort au tsar, Le terroriste raconte les mêmes évènements que le tome 1 mais du point de vue du terroriste qui organise l’attentat contre le grand-duc. Il met donc cette fois en lumière les motivations de chacun des membres du groupe de Georgi, les relations qu’ils peuvent entretenir entre eux, leurs faiblesses aussi ainsi que les dessous de l’organisation de l’attentat. Un choix qui permet aux auteurs de s’intéresser aux individus, habituellement laissés dans l’ombre, qui se cachent derrière l’Histoire avec un grand H.

Et comme pour le portrait de Sergueï Alexandrovitch esquissé dans Le gouverneur, Nury et Robin livrent ici une partition toute en nuances. Tout comme le grand duc n’était pas le tyran impitoyable que l’on peut s’imaginer, un peu rapidement, les motivations des terroristes ne sont pas aussi simples ou dénuées d’intérêt qu’il peut y paraître a priori. Voilà tout l’intérêt de ce diptyque captivant et d’une maîtrise, qu’elle soit narrative ou graphique, totale : rappeler que les faits et l’Histoire, et avec eux les individus qui les ont vécus ou engendrés, sont plus complexes qu’il n’y paraît.

(Diptyque – Dargaud)