qui-ne-dit-motStéphane de Groodt est acteur, chroniqueur et écrivain. Et, surtout, il est belge. Pourquoi surtout ? Parce que ça explique tout ! Les belges sont en effet connus pour être les rois de l’humour absurde et des histoires surréalistes. C’est dans leur culture, quasiment dans leur ADN. De Magritte à Benoît Poelvoorde en passant par François Damiens ou l’entarteur : tous ces fêlés sont belges. Vous pouvez désormais ajouter Stéphane de Groodt à la liste !

Car notre homme vient en effet de nous pondre un récit aussi inattendu que farfelu ! Qui laisse dubitatif pendant une centaine de pages qui racontent, en gros, comment John Siou essaie de se dépatouiller tant bien que mal avec tout un tas d’empêcheurs de tourner en rond (un voisin qui déménage un frigo et veut un coup de main, le facteur qui amène une lettre pour un certain Leroy, la mamie du dessous qui bloque le passage dans l’escalier avec son chien et son caddie…) qui semblent s’être donnés le mot pour lui faire perdre du temps alors qu’il est déjà en retard pour un rendez-vous d’une extrême importance avant (le tournant est clairement cette fameuse page 104 qui remet le lecteur quelque peu égaré sur les bons rails narratifs…enfin, pour un temps seulement) que l’on ne comprenne subitement où le scénariste veut en venir, que l’on reprenne, du coup, depuis le début pour saisir à quoi rimaient ces dialogues surréalistes et délirants, et que l’on tombe complètement sous le charme de la construction aussi malicieuse qu’astucieuse de son récit.

Difficile d’en dire plus sans en dire trop (et du coup de « spoiler » comme on dit maintenant…). Sachez simplement qu’il y a du Devos (tiens, un autre belge) dans tous ces jeux sur et avec la langue, que Qui ne dit mot parle aussi de pigeons, de beaux-parents un brin stressants, du passage à l’heure d’été et d’amour…Et surtout que cette histoire est assez géniale dans son genre ! Et, cerise sur le gâteau, c’est Grégory Panaccione, que l’on avait déjà beaucoup aimé dans Ame perdue ou Un océan d’amour, qui s’est chargé de mettre cette farce en image dans son style, très vivant et expressif (il dessine directement, sans passer par des crayonnés préparatoires), habituel !

(Récit complet – Delcourt)