chronique_nulle_partUn mec qui sort de taule et revient dans sa ville, le bide bouillant de colère et de ressentiment ; une ado solitaire à laquelle personne ne fait attention qui court tous les jours, un casque sur les oreilles, pour fuir cette vie dont elle ne veut pas ; un alcoolo complètement déprimé depuis qu’il s’est fait larguer par sa nana croit enfin rencontrer la femme de sa vie avant qu’elle ne l’invite à son mariage ; un journaliste faisant dans les faits divers sordides et bien dégueux qui tombe, dans un jardin, sur le doudou d’une gamine qui vient de se faire kidnapper par un pervers…

Il faudra bien chercher si vous voulez trouver un rayon de lumière éclairant quelque part l’univers créé par Starsky et Rica dans Chronique(s) de nulle part. Car tout (ou presque…) n’est ici que violence, rancœur, souffrance et névrose…et alcool ! Car il faut bien oublier toute cette merde, comme répondrait probablement l’un des personnages de ces chroniques. Et les décors dessinés par Rica sont à l’avenant : des mobil homes abandonnés où les zonards du coin viennent chier, des plages, loin des clichés touristiques, grises, désertes et tristes à souhait, des cadavres d’animaux (entre autres…) charriés par les cours d’eau qui restent coincés à l’écluse à la sortie de la ville…et j’en passe.

Un livre très noir donc dont on croit pendant longtemps qu’il est un recueil d’histoires courtes (les habitués de la revue AAARG ! ont d’ailleurs eu la chance d’en lire quelques unes, en noir et blanc !) avant de s’apercevoir qu’en fait tout se tient et que Chronique(s) de nulle part est un récit choral de vies laides, froides et malheureuses que Starsky et Rica font s’apercevoir, se croiser avant de les réunir finalement. Un récit âpre et intense, à peine tempéré par la mise en couleur de Tocco (pas forcément prévue initialement d’ailleurs…mais lisez, à ce sujet, le dossier, très intéressant, offert en bonus, qui revient sur la genèse de l’œuvre ou les choix des auteurs), qui nous oblige à voir ce que l’on n’a pas envie de voir habituellement : la noirceur de l’âme humaine. Difficile de nier que l’on sort de cette lecture groggy, une drôle d’amertume en bouche…Très réussi dans le genre mais à ne pas mettre entre toutes les mains, vous l’avez compris.

(Récit complet – AAARG ! éditions)