vitetropviteCette chronique va finalement trouver sa place dans la rubrique « livres » mais elle aurait très bien pu rejoindre celle des bd. C’est là toute l’originalité de ce livre : mêler (majoritairement) prose, portraits pleine page et bande dessinée. Ce qui pouvait, peut-être, paraître, a priori, comme artificiel ne l’est en fait pas du tout une fois la lecture commencée : les portraits dessinés donnent en effet une force d’évocation étonnante au récit et les personnages prennent littéralement vie sous les crayons très expressifs de Phoebe Gloeckner. Mais vous vous demandez peut-être comment l’auteure parvient à faire cohabiter de façon réaliste et cohérente ces différentes formes d’expression ? C’est simple : Vite, trop vite prend en fait la forme d’un journal intime écrit par une adolescente de 15 ans, Minnie Goetze, qui adore l’art et le dessin. Du coup, en plus de ce qu’elle consigne concernant son quotidien et ses états d’âme, la jeune fille y ajoute parfois des dessins et ses premières pages de bd !

Et Minnie écrit et dessine beaucoup dans son journal intime. Il faut dire qu’elle a pas mal de choses à lui confier car son adolescence est loin d’être un long fleuve tranquille. Traversant une véritable crise identitaire et sexuelle, elle se rend compte qu’elle ne peut pas compter sur les adultes pour faire les bons choix… Du coup, elle est complètement perdue, entre une mère jeune qui fait beaucoup la fête et multiplie les rencontres et Monroe (le petit copain plus ou moins régulier de sa mère), avec qui elle couche mais dont elle ne sait pas s’il s’amuse seulement avec elle ou s’il a tout de même des sentiments, et tombe finalement dans l’alcool et la drogue…

Un roman d’apprentissage choc : le style est direct, cru, à fleur de peau puisque raconté à hauteur d’ado. Et marquant. Difficile en effet de ne pas être touché par Minnie, son besoin d’amour (qu’aucun adulte n’est capable de lui donner) et sa lente déchéance. Avec en toile de fond (c’est là l’autre grand intérêt du livre) le San Francisco baba cool des années 70 : son importante communauté gay, l’omniprésence de la drogue ou les nombreux artistes (dont Crumb et sa femme) qui participent à l’effervescence de la ville.

(Roman hybride – La belle colère)