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Vibrators, petit bain. ©Jean-Yves lamenace

 

Harrassment, petit bain. © Jean-Yves La menace

Harassment, petit bain. © Jean-Yves La menace

 

En ce début d’année 2016, l’association Rock’in Dogs a décidé de fêter les 40 ans du mouvement punk (nous laisserons la véracité de cet anniversaire aux historiens spécialistes) en invitant l’un des précurseurs de l’époque, les Vibrators, ou tout du moins ce qu’il en reste. Mais nous y reviendrons.
En attendant, c’est un jeune groupe qui ouvre le bal. Harassment commence à faire un peu parler de lui dans le milieu punk garage parisien, mais le quatuor semble plus habitué aux caves des bars. Du coup, pour leur « première grande scène » comme le dit maladroitement le chanteur (qui arbore un joli Tshirt Black Flag), ils montrent une excitation et une joie touchante. La démarche, légèrement endimanchée, n’est certes pas très punk, mais change des frimeurs poseurs, et leur donne un coté sympathique. Tant mieux, d’autant que leur musique possède quelques atouts. Flirtant autant avec le hardcore (en son clair), qu’avec le garage plus accessible (et ses reverbs), Harassment offre un mélange assez étonnant. Le guitariste maîtrise l’art de la 6 cordes, ce qui est suffisamment rare dans le style pour être signalé. Il y a du coup peut-être un peu trop de soli-solo, mais les registres explorés sont nombreux, et le gars n’hésite pas à foncer pied au plancher, en mode binaire. Tant mieux. J’aime bien le chant aussi qui évite les pièges du style et dévoile une jolie personnalité. Du coup, le quatuor apporte un peu de fraicheur à un style qui tourne vite en rond. Bref, une bonne mise en condition pour les papys du punk qui suivent.

Car le groupe qu’est venu voir le public nombreux ce soir, ce sont bien les Vibrators. Pas les plus célèbres des punks, malgré leur slow / tube « Baby Baby » (1977), mais un de ces groupes présents au début du mouvement anglais (formé en 1976), et dont le premier album fait partie des bons disques de punks anglais. Alors le niveau est bien entendu un tantinet derrière les maîtres du genre dont ils croisèrent la route (Clash, Damned ou Sex Pistols), mais leurs bons morceaux restent des valeurs sûres.
Malheureusement, soyons honnêtes, le groupe qui joue devant nous en ce 16 janvier n’a plus grand chose à voir avec les rejetons punks de 1976. En fait, il ne reste que le batteur (John ‘Eddie’ Edwards) à avoir joué à l’époque.
On ne retrouve donc pas la fougue de « Pure Mania » (1977) ou « We Vibrate » (1976), même si le trio en jouera quelques morceaux (« sweet sweet sweet » ou d’autres). Ceux qui s’attendaient à cela ne peuvent qu’être déçus. Mais le groupe offre un bon rock hargneux (un punk léger), avec ces refrains efficaces, et une belle énergie. Le trio y croit et ne fait pas dans le blasé, c’est déjà ça. On a perdu en classe, et en tranchant, mais les morceaux sont entrainants et la reprise des Clash en début de set aide le public à entrer dedans. Bref, les Vibrators de 2016 ne nous renvoient que très lointainement à la grandeur de leur jeunesse, mais assurent un rock bien foutu qui fait le job si on ne se pose pas trop de questions. D’ailleurs le public semble heureux, et ici ou là nombreux sont ceux qui dansent. C’est bien tout ce qui compte. 1977 ne sera plus, mais tant que nous pouvons danser sur quelques guitares saturées, nous n’allons pas nous gâcher ce plaisir.

 

photos : Jean-Yves LaMenace