letediabolikCet été 67 avait bien démarré pour Antoine qui passe ses vacances dans la maison de ses parents en bord de mer : il est admis en seconde générale, est amoureux et vient de gagner un tournoi de tennis…Sauf qu’à partir de là tout a commencé à déraper. Le père du joueur qu’il a battu a commencé par agresser son père, présent pour la finale, avant de les poursuivre en voiture le soir venu…Il y eut aussi ces appels nocturnes mystérieux à la maison suivis de départs précipités de son père, cette Jaguar noire qui passait et repassait devant chez eux, le suicide de De Noé qui travaillait au contre-espionnage et bien sûr la disparition de son père…

Enfant, Thierry Smolderen était irrésistiblement fasciné par les magazines, tel Diabolik, qui promettaient aventure, insolite et frissons que les kiosques mettaient en avant en vitrine ! L’auteur s’est inspiré (en même temps qu’il leur rend hommage) de ces « pulps » à l’européenne de sa jeunesse pour écrire L’Eté Diabolik qui mêle mystère, amour, peur et espionnage dans un scénario aux petits oignons. Parfaitement écrit (comme d’habitude avec Smolderen : on se souvient des récents très bons Retour à Zéro et Souvenirs de l’empire de l’atome), il prend l’apparence d’un livre rédigé par Antoine retraçant son enquête pour (tenter de) faire la lumière sur la disparition de son père et d’une sorte de postface relatant les faits nouveaux survenus ensuite ajoutée à la nouvelle édition du livre. Idée brillante qui permet de tenir en haleine le lecteur jusqu’au bout tout en donnant une raison plausible au récit d’exister.

Mais L’Eté Diabolik ne serait qu’un bon thriller parmi d’autres s’il n’y avait le traitement graphique, aussi étonnant que superbe, de Clérisse. Si dans Souvenirs de l’empire de l’atome, il s’était inspiré de la culture atome des années 50 pour mettre en scène le récit, Smolderen lui a cette fois demandé de se plonger dans les délires pop et psychédéliques (la mode était au LSD…) des années 60 pour en donner sa propre vision. Et le résultat, entièrement réalisé sur le logiciel Illustrator, est une pure merveille. Une explosion de couleurs, alliée à un découpage qui n’oublie pas d’être parfois aventureux, qui contraste avec le côté noir du scénario et sublime véritablement ce récit. Une grande réussite !

 

(Roman graphique – Dargaud)