pandaFred Bernard continue sa saga familiale (entamée en 2003 avec La tendresse des crocodiles) avec la suite des aventures de Jeanne Picquigny. Pour l’occasion, Casterman réédite d’ailleurs l’ensemble des différents tomes, dont certains étaient à l’époque parus chez Albin Michel.

Dans La paresse du panda, la petite-fille de Jeanne, Lily Love Peacock, est en résidence dans la maison de son ancêtre, entourée de ses meubles exotiques ramenés de ses différents voyages, des souvenirs, photos et autres carnets que Jeanne remplissait au cours de ses pérégrinations. Des carnets que Lily dévore la nuit et qui l’emmènent dans l’Himalaya où Jeanne, son mari Eugène, leurs amis Pam et Timoty ainsi que leur guide tibétain Dhairya quittent les hommes yétis pour redescendre vers l’Inde. Mais une rencontre inopinée avec les nazis de la société secrète de Thulé (qui croyait en l’existence d’une race supérieure, les Aryens, qui viendraient d’Hyperborée dont la société était à la recherche en Asie) en haut d’un col les oblige à redescendre par la Chine alors en pleine guerre civile et à faire un long détour qui les verra croiser un ermitage bouddhiste aux traditions étranges, les méandres du Yang Tsé, les seigneurs de la guerre chinois qui semaient la terreur dans les campagnes ou un botaniste humaniste allemand répondant au doux nom de Karl Von Kotzebue, tenant le coup grâce aux « crottes de Dieu » offertes par la Craigne, sorte de yokaï apprivoisé par Pam. Lily espère puiser dans les écrits de son aïeule et dans sa maison une inspiration, une force pour sa propre vie, un peu en stand by pour le moment avec son amoureux qui se trouve à des milliers de kilomètres, dans le désert de l’Atacama, au Chili…

Cette histoire au long cours (il y a déjà 5 tomes parus et plus de 1300 pages) de Fred Bernard ressemble à ces récits d’aventure à l’ancienne où l’on traverse des pays lointains et exotiques, jalonnés de sensualité et d’érotisme (l’auteur, dans ces scènes, se fait d’ailleurs plaisir car elles ne sont pas vraiment nécessaires au récit…), d’humour, de fantastique et de réflexions philosophiques sur la Vie, l’Amour ainsi que sur l’importance de ses ancêtres et de ses racines pour se construire. C’est une véritable ode à la vie qu’elle nous conseille d’aborder avec légèreté, avec l’envie de s’amuser et de profiter du jour présent, d’être ouvert aux nouvelle expériences, dans laquelle les femmes ont le beau rôle : les pieds sur terre, c’est elles qui prennent les décisions et font les choix qui s’imposent alors que leurs hommes (qu’elles soutiennent malgré tout), un peu inconséquents, ont tendance à être ailleurs (Eugène oublie le passé dans l’alcool, Pierre, astrophysicien de formation, a la tête dans les nuages…).

Vibrations positives, rythme alerte avec ces va-et-vient réguliers entre passé et présent (on avoue cependant préférer quand Lily nous narre les aventures de sa grand-mère que quand on revient dans son présent, plus quelconque, de musicienne/top modèle qui cherche l’inspiration) : La paresse du panda est un nouvel épisode très agréable à suivre qui donne envie de partir à la découverte du monde sac au dos même s’il lui manque un petit quelque chose, une pointe d’émotion peut-être ou un peu de supplément d’âme pour en faire un récit vraiment marquant.

 

(Saga familiale au long cours – Casterman)