mamboMambo vit à Panama. C’est un détective assez demandé parce qu’il n’est pas vraiment regardant sur la manière de résoudre les affaires à partir du moment où on le paye bien. On l’appelle généralement pour des infidélités, des disparitions, des histoires de jalousie. Ce scénario, ça lui va plutôt bien à Mambo, surtout quand il peut en plus allier le plaisir au travail (Elles ne sont pas très farouches ces jolies veuves et ces secrétaires…). Mais quand Carlos Nine s’entend avec l’un des autres personnages (un bouc, juge de son état) sur la fin de l’histoire, là ça ne va plus et Mambo n’hésite pas alors à s’en prendre à son propre créateur…

Les Rêveurs ne sortent qu’une petite poignée de livres par an mais ils valent souvent le détour. C’est une nouvelle fois le cas de ce Tropikal Mambo, à l’édition superbe : un très grand format avec joli papier glacé et fil marque pages. Un véritable ovni graphique et narratif ! Vous avez déjà vu, vous, un héros qui fait des commentaires peu agréables voire désobligeants (« le dessin est assez précaire et élémentaire », « il se fait vieux », « j’ai modifié certaines paries du scénario, cet imbécile écrit de pire en pire ») sur les choix et les compétences de son scénariste ? Eh bien Mambo est le genre de personnage qui se permet ce genre de choses. Bon, attention, l‘auteur a sa part de responsabilité aussi : il le laisse même changer le déroulement du récit (histoire probablement de pouvoir se faire une autre nana bien roulée…). Et à force de laisser ce genre de libertés, il ne faut pas s’étonner que Mambo dépasse ensuite les limites et veuille prendre le pouvoir…

Vous l‘avez compris, l’histoire est totalement imprévisible et débridée. Tout comme son traitement graphique d’ailleurs! Dessinateur mais aussi peintre et sculpteur, l’auteur argentin a utilisé ici toutes les techniques qu’il apprécie pour narrer Tropikal Mambo. Ainsi certains chapitres sont traités à l’aquarelle, au fusain ou même sous forme de roman-photo (à la façon d’un Gotlib) utilisant des clichés de sculptures de plâtre de Nine. Erotique, bourré d’autodérision, loufoque, dépassant très souvent le cadre de la bande dessinée (la mise en page est totalement libre et les dessins débordent souvent des cases), Tropikal Mambo est véritablement inclassable. Cela tombe bien : on aime les livres différents.

 

(Récit complet – Les Rêveurs)