menuiserieCette fois, ça y est : l’entreprise familiale risque bien de disparaître. Arnaud Froment va bientôt partir à la retraite et aurait aimé que ses employés montent une SCOP (Société Coopérative et Participative) pour reprendre l’affaire mais tous, pour une raison ou une autre, ne veulent pas franchir le pas. Alors Aurel, qui aurait pu reprendre la menuiserie (mais plutôt que de couper des planches, il a décidé d’en dessiner !) en tant que fils du patron, a décidé (peut-être un peu par culpabilité…) de venir passer quelques jours dans la menuiserie. Il a donc passé du temps, à l’atelier, avec le « petit jeune », Julien, que le « vieux », Dominique, rabroue souvent, avec le taiseux Jacques que l’on ne voit pas beaucoup puisqu’il pose chez les clients, avec Khalid, qui avait remplacé son beau-frère Ahmed en 2008 lorsque ce dernier s’était installé à son compte ou avec Anne, qui se charge de la compta et de l’administratif, au bureau. Mais aussi, et surtout, bien sûr, avec son père et sa grand-mère Madeleine (qui vit au-dessus de l’atelier et dont le mari, Marcel, avait créé l’affaire) pour parler du métier de menuisier, de son évolution depuis quelques années, du départ en retraite du patron, de la possibilité de la SCOP ou des perspectives d’avenir pour chacun des employés.

Il en a tiré ce livre, à la fois reportage intéressant (Aurel y aborde les spécificités du métier, les relations patron/employés, la complexité du calcul des charges ou la politique du gouvernement en matière d’emploi) sur une petite entreprise ardéchoise et chronique familiale puisqu’il retrace toute l’histoire de la menuiserie Froment depuis sa création par le grand-père jusqu’à nos jours, en passant par la reprise de l’affaire, surprise car il avait fait des études d’ingénieur, par le fils (et père de l’auteur) Arnaud quelques décennies auparavant. Un mélange original qui fait que l’on s’attache progressivement à ce récit sincère et au final assez touchant (personne n’a envie que l’entreprise ne disparaisse et pourtant plus le temps passe et plus sa fin paraît inéluctable) qui nous parle aussi de mondialisation (La menuiserie nous montre un exemple de petite entreprise viable malgré ce contexte), de transmission ou de choix de vie (être son propre patron mais bosser 60 heures par semaine ou rester « simple » employé et pouvoir être tranquille une fois le lieu de travail quitté…).

 

(Récit complet – Futuropolis)