carrefourElias Baumer est enquêteur assureur. En ce mois de mai 68 rythmé par les grèves et la pénurie d’essence, il décide de se rendre à Yvette-sur-Loing, pour étudier de plus près un carrefour qui a été le théâtre de nombreux drames de la route ces dernières années. A tel point qu’on l’appelle le carrefour de l’étoile rouge, dans le coin. Et ce alors que son patron lui a demandé de travailler sur un autre dossier, plus sensible et urgent. Mais si Baumer a décidé de se rendre dans ce petit village, c’est aussi parce qu’il est en quête de réponses à titre personnel et qu’il espère les trouver là-bas pour pouvoir ainsi, enfin, exorciser ses démons…

Le carrefour (difficile pour le scénariste de choisir un autre titre tant le lieu est au centre du livre) est avant tout le récit d’un endroit maudit : le petit Bubus y a perdu sa main, la vieille folle qui y ramasse désormais les cadavres des animaux qui s’y font écraser y a perdu son mari, le petit Paul son frère et l’hôtelier son fils. Sans parler de Baumer, bien sûr, qui y a, lui, laissé une partie de sa vie et de son innocence quand la voiture dans laquelle il se trouvait, en état d‘ébriété, avec son père percuta et tua 2 jeunes filles. Car si son père se sacrifia pour lui (il expliqua à la police que c’était lui qui conduisait et fit de la prison à sa place), la culpabilité ne l’a pas quitté depuis. Et le suicide de sa mère et le départ de sa femme avec leur fille n’y sont pas étrangers.

Un récit (très bien dessiné par Charlet) qui parvient à intriguer avec cette ambiance mystérieuse qui entoure ce fameux carrefour, point de départ original du scénario, et avec cette relation très particulière (très bien saisie par Floc’h d’ailleurs, c’est l’un des points forts de l’histoire) que les habitants entretiennent avec cet endroit (ils lui doivent beaucoup de souffrances mais ne veulent pourtant pas que l’on y touche !) mais qui n’est pas aussi touchant qu’ on pouvait le penser (l’histoire aborde des thèmes sensibles comme le deuil, la culpabilité ou la trahison). Il lui manque peut-être en effet un soupçon de justesse dans les situations (notamment dans la relation entre Baumer et sa fille) et un brin de réalisme dans les dialogues pour cela.

 

(Récit complet – Grand Angle)