taipi1841, quelque part dans l’océan pacifique. Cela fait six mois que Toby et Tom ont embarqué sur ce rafiot et ils n’ont toujours pas vu la moindre baleine ! Las et fatigués, ils n’ont plus confiance en leur capitaine, Vangs, qui ne pense qu’à une chose : aller toujours plus loin pour chasser les fameux cétacés. Alors, quand le baleinier fait une rapide escale sur une île des Marquises, les 2 copains s’éclipsent discrètement pour se cacher dans la montagne, en espérant ne pas tomber sur les Taïpis, une tribu cannibale…

En adaptant ce roman d’Herman Melville, Melchior et Bachelier ont eu envie de nous faire partager l’incroyable expérience de Tom (ou Tomo, pour la tribu) chez les Taïpis. Une expérience unique et riche mais ambivalente, comme le sous-titre du récit l’indique. Car recueilli et sauvé (sa jambe était très mal en point) par ces indigènes polynésiens, Tom parviendra ensuite par se faire accepter par la tribu qui le considérera même quasiment comme l’un des siens (il aura le titre de « tabou », qui a l’honneur de faire le lien entre leur monde et son monde à lui). Il partagera ainsi leurs coutumes, apprendra leur langue et entretiendra même une relation avec Faiawai, une femme de la tribu. Le tout dans un cadre idyllique, entouré par la mer, une faune exotique et une flore luxuriante. Bref, Tom avait en quelque sorte trouvé le paradis. Pourtant, il n’aura de cesse de vouloir partir. En premier lieu, parce que malgré ce qu’on lui dit il n’est pas libre de faire ce qu’il veut. On le retient sur l’île. Et surtout parce qu’il ne peut mentalement accepter l’une des coutumes des Taïpis : manger leurs ennemis quand ils les font prisonniers…

Au-delà du récit d’aventure, en choisissant de faire du tabou des tabous, le cannibalisme, le cœur de l’histoire, Taïpi nous oblige aussi, habilement, à réfléchir à l’altérité et à ce qui peut être une barrière à l’acceptation de la différence : peur de l’inconnu, aprioris, barrière de la langue ou tabous mentaux liés à la religion. Scénario intelligent, mise en images judicieuse (pas d’encrage ici mais des crayonnés assez poussés qui laissent toute sa spontanéité et son naturel au dessin) : Melchior et Bachelier livre ici une adaptation très réussie.

 

(Récit complet – Gallimard)