Nom : Lomax. Prénoms : John et Alan. Un père et son fils qui, missionnés par le congrès de Washington, sillonnèrent le sud des Etats-Unis en 1933 pour aller à la recherche de talentueux mais souvent inconnus bluesmen et autres compositeurs amateurs de folk songs. Armés d’un phonographe monumental installé à l’arrière de leur voiture, ils visitèrent pénitenciers, églises, bars mal famés et autres cases reculées du Mississippi jusqu’à La Nouvelle Orléans pour enregistrer et ainsi protéger contre l’oubli ce véritable patrimoine de la musique noire.
C’est cette histoire vraie que Duchazeau raconte ici, librement inspirée des écrits d’Alan Lomax. Solidement documenté et mis en images par le superbe noir et blanc charbonneux (qui n’aura jamais été aussi judicieux qu’ici) auquel l’auteur nous a habitués depuis quelques œuvres, le récit suit donc les pérégrinations un peu folles des 2 hommes et nous donne à voir les difficultés liées à leur mission (dans les plantations, les ouvriers ont souvent peur de chanter et du coup de froisser leur patron blanc avec des paroles trop explicites), les atermoiements et les doutes quand ils sont, par exemple, menacés d’emprisonnement par un shérif s’ils traînent encore dans le coin mais aussi les magnifiques rencontres (comme celle de Leadbelly, le roi de la 12 cordes, en prison) et les moments magiques (la transcription épique des 41 strophes du standard « Stagolee » dans 3 bars différents…).
Troisième volet (après « Météor Slim » et « Les jumeaux de Cocono station » sortis chez Sarbacane) de sa trilogie noire américaine, ce « Lomax », tout en brossant un portrait saisissant de vérité et glaçant d’un sud des Etats-Unis encore très largement ségrégationniste et raciste (s’ils ne sont plus des esclaves, la condition des « ouvriers » ne vaut pas beaucoup mieux ; le lynchage de noirs, notamment lorsqu’ils réclamaient plus de droits ou montraient un peu trop vivement leur désir de s’émanciper, était encore assez répandu), rend un superbe hommage au travail de John et Alan Lomax ainsi qu’à la musique noire américaine.

(BD – dargaud)