deconfitureAprès une attaque aérienne allemande sur un convoi militaire, Amédée Videgrain est laissé comme planton pour signaler un trou d’obus dans la route jusqu’à l’arrivée de la Croix-Rouge. Mais quand il veut redémarrer quelques heures plus tard, il se rend compte que le réservoir de sa moto a pris une balle. Plus loin, alors qu’il a réussi à réparer, il est pris pour cible par un avion et déjante. Il n’a plus qu’à partir à pied à la recherche de son régiment alors que partout autour de lui les français fuient, gosses et matelas montés sur leurs charrettes. C’est la débandade…

On est ravis ! Rabaté revient avec un récit long (il est prévu en 2 tomes) en solo. Et ce n’était plus arrivé depuis quelque temps, depuis Le petit rien avec un ventre tout jaune (sorti en 2009) si je ne m’abuse. Avec La déconfiture, il propose, loin de l’héroïsme de certaines histoires de guerre, de raconter ce chapitre peu glorieux (et du coup assez rarement mis en lumière par les créateurs) de la débandade des troupes françaises face à l’avancée rapide des allemands au tout début de la seconde guerre mondiale. Comme à son habitude, il met en scène des gens simples, auxquels on peut s’identifier facilement, un instituteur, un agriculteur, qui se demandent ce qu’ils font là, au milieu de tout ce chaos et de cette guerre bizarre et qui n’ont qu’une envie : retrouver leurs familles le plus rapidement possible. Le ton très juste trouvé par Rabaté, son dessin vraiment réussi (un trait très expressif rehaussé de quelques aplats de noir et de lavis de gris) et la gouaille très authentique des soldats font le reste : on suit avec grand plaisir les aventures du binôme Amédée/André et leur recherche un brin absurde (la situation serait même comique s’il n’y avait ces morts qui jalonnent les routes) de leurs régiments. Un sans faute pour cette première partie qui rend, en filigrane, un bel hommage à ces innombrables inconnus qui, sans être des héros, sont partis se battre pour défendre leur pays.

 

(Diptyque – Futuropolis)