traghieQuand Eva comprend que Henrik le trompe, elle commence par sortir le grand jeu (dîner aux chandelles, Champagne, petite robe sexy…) pour le faire revenir auprès d’elle. Mais rejetée par son mari, se sentant humiliée, elle décide alors d’échafauder un plan pour se venger de lui et de sa maîtresse. Un plan que Jonas, qu’elle a rencontré dans un café un soir qu’elle avait envie d’oublier ses problèmes, va décider de l’aider à mener à bien en s’immisçant dans sa vie à son insu et en tirant les ficelles en coulisses, persuadé qu’Eva est l’amour de sa vie et qu’elle lui en sera reconnaissante à jamais…

Il faut toujours attendre d’avoir lu la fin d’un diptyque avant de porter un jugement définitif dessus : voilà qui pourrait être la morale de notre lecture de Trahie ! Car si le premier tome de ce diptyque ne nous avait pas vraiment laissé un souvenir marquant (la faute à des dialogues manquant de temps à autre de naturel et à un trait parfois approximatif qui pouvait donner des expressions de visage étranges), cette seconde partie remet clairement les pendules à l’heure ! Dans le genre thriller psychologique flippant, ce récit signé Runberg et Urgell (qui adaptent là le roman éponyme de la suédoise Karin Alvtegen) se pose là. Le duo nous plonge en effet avec talent et efficacité (le trait d’Urgell se fait ici plus inquiétant même si l’on retrouve quelques expressions de visage surprenants) dans la névrose du très effrayant Jonas, dont la quête d’amour, qu’il veut total et éternel, le poussera à commettre l’irréparable. Mais la grande qualité de Trahie est justement de ne pas se contenter de n’être qu’un bon thriller efficace, les auteurs profitant au contraire du thème central de l’intrigue, l’Amour, pour proposer, en même temps, une réflexion profonde et déstabilisante aussi, sur ce sentiment bien complexe : sur ce que l’on est parfois capable de faire par amour, comment l’amour peut aveugler, la façon (parfois bizarre ou très violente, c’est selon…) à laquelle on réagit quand on apprend que celui que l’on aime nous trompe…au travers du couple Henrik/Eva et de la crise qu’ils traversent. Un très bon second tome pour ce diptyque aussi inquiétant qu’abouti.

 

(Diptyque – Dargaud)