adrasteeLa chance vous sourit en cette rentrée ! Si vous avez été enthousiasmé, comme nous, par Shangri-La (dont la chronique a été mise en ligne il y a quelques jours seulement…), réjouissez-vous, bande de veinards, puisqu’Ankama a eu la bonne idée de ressortir l’œuvre précédente de Bablet, Adrastée, au même format que Shangri-La, dans une très belle intégrale retravaillée pour l’occasion par l’auteur pour que le récit soit tout à fait en accord avec ce qu’il est maintenant. Et l’histoire est toute aussi singulière ! C’est celle d’un homme qui quitte son palais déserté de toute vie humaine et que la végétation a commencé à recouvrir. Il réunit quelques affaires et part pour un long voyage. Son but : atteindre le Mont Olympe pour aller y trouver les Dieux. Immortel, il veut leur demander pourquoi ils lui ont infligé cette malédiction : pourquoi ils l’ont obligé à voir ceux qu’il aimait mourir un à un sous ses yeux, pourquoi son fils a décidé de ne pas avoir d’enfants pour que cette malédiction ne se transmette pas à une nouvelle génération, pourquoi il est condamné à oublier comment il a rencontré sa femme, la couleur de ses cheveux roux ou même son prénom…

Un voyage en forme d’errance qui verra le roi immortel traverser d’innombrables contrées et faire des rencontres qui l’aideront à arriver jusqu’à Zeus et aux autres Dieux et à trouver les réponses qu’il cherche au fond de lui-même. Une tragédie grecque (cette immortalité, perçue comme une maladie par le roi, est une malédiction autant pour lui que pour ses proches) qui donne l’occasion à Bablet de revisiter, à sa façon, surprenante et décalée, la mythologie grecque puisqu’on rencontre ici Zeus, Athéna et d’autres Dieux, la sphinge (et ses fameuses énigmes), les Moires (les 3 sœurs qui président à la destinée des hommes en tissant les fils de leur vie, en les enroulant puis en les coupant au gré de leurs envies), le Cyclope ou Talos (un géant de bronze gardien de l’île de Crète). Et qui permet à l’auteur, comme dans Shangri-La, de laisser libre cours à ses questionnements existentiels et à sa réflexion quasi-philosophique (le voyage qu’entreprend le roi en est bien sûr la métaphore) sur ce qui touche de très près à notre essence d’Homme : la filiation, notre caractère mortel ou le sens de la vie.

Beau et touchant, le récit (un petit cran en-dessous de Shangri-La tout de même mais avec cette dernière œuvre Mathieu Bablet a placé la barre très haut), de nouveau très personnel et abouti, est également une très belle déclaration d’amour. Une réédition idéale pour continuer d’explorer l’univers de l’auteur !

 

(Intégrale – Ankama)