frustration-empiresofshameAprès deux albums frôlant la perfection post-punk, entrainant avec eux un succès public de plus en plus impressionnant, le troisième opus du gang parisien était pour le moins attendu. Et vu ce que nous en avions entendu en live, nous savions que cette nouvelle livraison devrait s’avérer jouissive.

« Empires of Shame », avec sa pochette une nouvelle fois peinte par Baldo, garde en effet le cap, renouant brillamment avec l’esprit des groupes punk et post-punk de la fin 70, début 80. Le combo y mêle merveilleusement claques agressives, et titres plus froids, comme il nous en a maintenant donné l’habitude. On ne manquera pas de se lancer dans un pogo débridé à l’écoute du titre d’ouverture « Dreams, Laws, Right and Duties », puis de « Excess » ou de « Even With The Pills », des titres entendus en live quelques mois auparavant, et toujours aussi puissants sur disque. Frustration ne lâche pas la barre, et n’hésite pas à rappeler son background punk. On continuera à se déhancher froidement, comme si demain n’existait pas, à l’écoute de « Just Wanna Hide », « Cause You Ran Away » ou « Minimal Wife », avec leur rythmique droite et leur synthé eighties. On se fera même peur avec le sombre « Empires of Shame »…
Mais la grande surprise de ce troisième album vient bien des deux titres inédits que le groupe n’avait jamais joués en live (les deux que nous ne connaissions donc pas) : le tubesque « No Place » qui clôture ce disque idéalement, et surtout « Arrows of Arrogance » qui vient offrir une belle respiration au milieu de l’album (en lieu et place de l’habituel morceau dansant). Véritable surprise par rapport aux habitudes du groupe, cette ballade menée par le chant charismatique et toujours très Curtisien de Fabrice, soutenu d’une simple guitare sèche, vient discrètement rafler toutes les récompenses. Sans prévenir, le groupe vous plonge dans une mélancolie sublime, à la croisée des ballades de Joy Division, The Smith ou Death in June.  Chair de poule assurée.
L’équilibre de ce troisième album est une nouvelle fois parfait. Les tubes s’enchainent sous une trompeuse simplicité passant de l’arrogance à la mélancolie avec brio. L’ombre de Warsaw/Joy Division/New Order continue de hanter l’ensemble du disque, comme un clin d’œil bienveillant, mais le groupe possède définitivement un univers qui lui est propre. Les ambiances variées (énergique, dansante, ou introspective) offrent une richesse à l’album indéniable. On est un peu surpris de voir la guitare moins présente qu’autrefois, mais il faut  avouer que les titres ne semblent pas en souffrir pour autant.
« Empires of Shame » est au final une vraie réussite, étrangement plus brute (production) que ses prédécesseurs, tout en restant particulièrement puissant. Un grand disque dont on ne serait pas étonné qu’il fasse encore grossir la réputation du gang parisien. Tant mieux.

(Album – Born Bad)