tonpereJoann Sfar écrit (une quinzaine de pages minimum) et dessine (de 3 à 5 pages) tous les jours. Il en a besoin pour se sentir bien. Voilà qui explique pourquoi il est si prolifique. Et la sortie de Comment tu parles de ton père chez Albin Michel. Un roman qu’il a eu, peut-être encore plus que d’habitude, besoin d’écrire. Pour parler de la mort de son papa et lui rendre un dernier hommage.

Ecrit sur une période de plus d’un an, le récit est constitué de courts chapitres dans lesquels l’auteur livre ses souvenirs de ce papa au caractère fort (« Vraiment, je crois que dans tout Nice, André Sfar était réputé pour son charme, pour son talent d’avocat, pour son talent d’élocution mais aussi pour ses colères ») dont il était fier. Même quand il se bagarrait ou ramenait toutes les femmes que comptait la côte d’azur pour les baiser à côté de la chambre de son fils après la mort prématurée de son épouse. Il parle aussi de sa maman et de comment il a vécu sa mort alors qu’il n’était qu’un enfant (« Elle est partie en voyage » était la version officielle, au début), de ses grand parents, de sa rupture avec Sandrina, la mère de ses enfants avec qui il est resté 30 ans, du lourd héritage juif ou de zizis (du sien, de celui de Saïd, un camarade de classe et celui de son père) ! De ses héros (Moebius, Gainsbourg, Hugo Pratt, Fellini, Brassens, Gary, Saint-Exupéry), de sa relation difficile avec son père (« Je crois qu’il a été chiant du jour de la mort de ma mère jusqu’au jour où il a perdu la voix à cause de Parkinson…Il a fermé son piano à la mort de maman. Et au lieu de la musique, il m’a enseigné la religion pour que la tristesse s’étende sur nous »), de son agonie avant de mourir et de dessin (« J’ai constaté que l’on m’aimait lorsque je racontais des histoires. Et aussi quand je dessine »).

Au travers de son père, c’est bien sûr aussi de lui, beaucoup, dont Joann Sfar parle, éclairant ainsi le lecteur sur des aspects certainement moins connus de sa personnalité. Il le fait à la Joann Sfar, dans un style enlevé, sans s’encombrer des convenances, passant du coq à l’âne, de la mort de son père à la masturbation, de passages superbement écrits à des phrases radicalement crues parce que c’est ce qu’il est. Tout simplement.

Cela donne ce récit qui ressemble à la vie : touchant, libre, insaisissable, emporté (après la religion, notamment : « Se sentir juif ou musulman ou chrétien, c’est décider qu’il existe des peuples et c’est le début de la guerre qui ne se terminera que par l’extermination des uns par les autres ») et drôle (« je t’ai été fidèle, papa. Durant ta semaine d’agonie, ma seule branlette fut pour les 2 nanas des pompes funèbres ») à la fois. Le livre que tous les fils aimeraient écrire à la mort de leur père.

 

(Roman – Albin Michel)