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Abasourdis. Voilà l’état dans lequel on se trouve quelques minutes après le concert de Swans. Pas étonnant : Michael Gira et ses acolytes viennent de déverser leur folk-noise-rock orchestral pendant plus de 2 heures ! Cela avait commencé avec un Gira dos au public, pour mieux être en symbiose avec son batteur, égrenant religieusement les premières notes de The Knot, morceau idéal, avec son début calme, que notre homme fait d’ailleurs durer, et sa lente montée en tension hypnotique culminant en déluge de décibels, le tout sur 40 minutes, avec un Christopher Pravdica qui serre les dents sur la fin. Première pause : les musiciens peuvent enfin souffler, Phil Puleo, qui a déjà bien martyrisé ses fûts, galvanisé par les regards de Gira, en tête. La communion bruitiste ne pouvait mieux commencer. Le groupe enchaîne rapidement, ne laissant que peu de temps au public de reprendre son souffle, passant en revue une bonne moitié du dernier double album The Glowing Man, avec notamment un diptyque Cloud of Forgetting/ Cloud of Unknowing grandiose. Gira est au centre des débats, bien sûr, cible de tous les regards. Du public bien entendu, attiré par son aura magnétique mais aussi de ses musiciens autour de lui. Car Gira est un véritable chef d’orchestre sur scène, indiquant à Christoph Hahn de jouer plus fort d’un mouvement de tête, demandant mains en l’air à tout le monde de maintenir le tempo (frisant l’apoplexie à ce moment-là) ou donnant le signal d’un break à Puleo, tout en communiquant avec l’ingé son (qui bataillera avec des larsens intempestifs toute la première moitié du concert) et en délivrant ses incantations quasi-shamaniques au public. Le set est aussi intense que puissant (la version de Screen Shot, tiré de To Be Kind, que livre le groupe ce soir est magistrale). Exigeant également. Que ce soit pour les musiciens, à qui Gira demande parfois d’aller à la limite de ce qu’ils peuvent donner physiquement ou le public. D’ailleurs, un bon tiers de la salle a déjà quitté les lieux (pourtant, il n’y a pas de dernier métro à prendre à Reims…) quand le groupe joue un The Glowing Man (dans une version remaniée) final en forme d’apothéose. Les autres (notamment des hollandais qui ont fait le long déplacement) sont aux anges au moment de saluer les 6 musiciens. Sonnés mais heureux, conscients d’avoir vécu un moment fort, unique, à la Cartonnerie, peu de groupes montrant autant de générosité et de charisme lors d’un concert (Personne n’aura l’outrecuidance de demander un rappel….). Et aussi parce qu’a priori c’est la dernière tournée de Swans dans cette configuration, Gira ayant annoncé que The Glowing Man était le dernier enregistrement avec ce line up. Espérons pour les parisiens que le groupe soit aussi inspiré pour son passage au Trabendo le 9 novembre prochain.

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On en oublierait presque de parler de la première partie…Parce qu’il y avait bel et bien une première partie ! Anna Von Hausswolf qui proposa, entourée d’un guitariste et d’un claviériste/percussionniste, une sorte de dark electro metal gothique pas inintéressant, surtout lorsque les morceaux se rapprochent de ce que peut faire une Chelsea Wolfe. Mais pour tout dire, on avait déjà la tête à ce qui allait suivre.

photos : Sullivan