geronimoNous sommes en 1904. Inspecteur de l’Education Nationale, S.M. Barett se promène sur les terres de la prison de Fort Sill dans l’Oklahoma. Il y rencontre par hasard Go Khla Yeh (Celui qui baille, en apache), un vieil indien affable qui l’invite, dans sa maison, à manger l’une des pastèques qu’il cultive pour se rafraîchir. Il apprendra plus tard de la bouche du lieutenant Purrington qu’il s’agissait du célèbre chef indien Geronimo, parqué ici, loin de son Arizona natal, depuis des années. Barett se met alors en tête d’obtenir l’autorisation de venir visiter régulièrement Geronimo pour recueillir sa parole afin d’écrire ses mémoires. Il ira, ignorant le mépris de sa belle famille et des militaires de Fort Sill, jusqu’à s’adresser au candidat Roosevelt pour avoir gain de cause !

Cette biographie, passionnante, de Geronimo, est pleine de bonnes idées ! Suivre les rencontres (qui ont bien sûr bel et bien eu lieu) entre Barett et le chef indien permet, en premier lieu, à Lisa Lugrin et Clément Xavier, de donner beaucoup de naturel au récit tout en faisant des va-et-vient réguliers entre présent de narration et passé pour mettre des coups de projecteur sur les aspects marquants de la vie de Geronimo, comme son enfance, l’origine de son surnom, les relations tendues que lui et son peuple entretinrent avec les mexicains puis les américains (jalonnées de massacres, de promesses et de trahisons, avec des traités signés mais rarement respectés), comment sa femme, sa mère et ses 3 enfants furent assassinés par les militaires américains ou sa reddition (après une longue cavale meurtrière) en échange du retour de sa tribu sur ses terres d’Arizona (promesse qui ne fut, bien sûr, pas plus respectée que les traités précédemment signés). Et il y a aussi ce parti pris, original, de mêler récit dessiné et reportage, passé et présent dans le livre. Puisque les 2 auteurs sont en effet allés à la rencontre des descendants de Geronimo et de la tribu des Apaches Chirihuacas pour voir comment ils vivent dans l’Amérique actuelle et ce qui subsiste de son héritage, voyage dont ils ont ramené beaucoup de photos, qu’ils partagent ici avec nous en guise de prologue et d’épilogue du récit. Enfin, le choix de ce dessin en noir et blanc, très sobre et « nature » (un trait au crayon rehaussé d’aplats charbonneux ou de lavis de gris), est plus que judicieux. Autant de raisons de vous jeter sur ce livre !

 

(Récit complet – Delcourt)