En 2007, les amateurs du label canadien Constellation découvrait le folk dépressif de Vic Chesnutt. 17 ans après son premier disque, Vic Chesnutt rejoignait l’écurie canadienne et ouvrait pour l’occasion son paysage aride aux envolées mélancoliques d’un backing band de luxe, composé pour l’occasion des membres de A Silver Mt Zion et de Guy Picciotto de Fugazi. Rencontre riche et inspirée qui ne faisait que renforcer le trait du vieux baroudeur géorgien sans le dénaturer.
Deux ans plus tard, le projet qui n’aurait pu être qu’une expérience unique se voit donc prolongé. « At The Cut » reprend à peu de chose près les choses là où « North Star Deserter » les avait laissées : Vic Chesnutt en meneur de jeu, et le backing band (dont on sent surtout l’influence de Silver Mt Zion) en soutien plus ou moins présent selon les titres.
On y retrouve toute la personnalité de Vic Chesnutt, ses textes troublants, sa tristesse contagieuse, sa voix tremblante de sincérité (“When The Bottom Fell Out”, « Chinaberry Tree »), son univers dépouillé et bancale n’ayant cesse de rappeler son corps infirme… Difficile de rester insensible devant une telle mise à nue.
Sur « Flirted with you all my life » (texte poignant), Vic Chesnutt me rapelle les vieux Dylan. Rien à redire.
Les amateurs des Canadiens ne seront pas déçus non plus, s’ils savent attendre. Quand le groupe joue de ses grandes envolées, typiques, l’effet est démoniaque. L’électricité prend alors tout son sens, comme un raz de marée emportant tout sur son passage (« Philip Guston », « Chinaberry Tree », « Coward »).
Ce second album offre donc tout ce que les fans pouvaient attendre de lui (excepté la guitare de Guy Picciotto difficile à discerner), mais il ne faut pas en demander plus. Les auditeurs exigeants risquent de regretter par exemple qu’il n’y ait pas plus de titres de la hauteur des tubesques « Chinaberry Tree » et « Coward ». C’est ainsi. Il faudra s’en contenter.

(Album – Constellation)