ulysseJules Toulet est peintre. Il vit tant bien que mal de son travail à Istanbul. Mais depuis qu’Anna, sa muse, est partie, l’inspiration l’a quitté. Il décide donc d’aller à sa recherche. Mais il est difficile de trouver un bateau qui accepte de prendre à bord un homme qui ne sait rien faire d’autre que peindre. C’est alors qu’il tombe sur Salomé qui lui propose de s’abriter sur son Odyssée un soir de pluie. Une capitaine de bateau bien mystérieuse qui est obsédée par Ammôn Kasacz, un peintre au trait envoûtant que Jules a croisé il y a quelque temps et qu’il lui propose d’aider à retrouver sans vraiment savoir pourquoi elle a décidé de consacrer sa vie à sa recherche…

Mais où est donc passé l’Ulysse du titre dans ce résumé ? Il ne s’agit pas d’un oubli, pas d’inquiétude ! C’est juste qu’Emmanuel Lepage a de nouveau trouvé un concept bien original pour son retour à la fiction, après plusieurs récits reportages parus chez Futuropolis : faire revivre à sa protagoniste Salomé le destin du célèbre héros mythologique dans ces Voyages d’Ulysse. Comme lui, elle, dont la mère ne pouvait se passer une seule journée de lire L’Odyssée, devra braver mers et océans sur son bateau et sortir vainqueur de maintes épreuves avant d’enfin pouvoir retrouver ceux qu’elle aime dans le port qui l’a vue naître.

Un récit ponctué de citations (et même carrément de feuilles insérées ici ou là dans le livre) du célèbre livre d’Homère dont le scénario habile permet à Lepage (épaulé ici par Sophie Michel, sa compagne à la ville qui avait déjà travaillé avec lui pour Oh les filles et Le voyage d’Anna, au scénario) de mêler ici tout ce qu’il aime le plus : récit de voyage, fiction au souffle romanesque envoûtant, mers et océans et carnet de voyage (car Jules, sorte d’alter ego fictionnel de Lepage, peint beaucoup sur le bateau et ses œuvres, superbes, sont parfois dévoilées en double page) tout en rendant un très bel hommage à René Follet, son maître en dessin, dont il a utilisé ici beaucoup de peintures (réalisées par l’auteur de Terreur ou de la série Valhardi à sa demande pour le récit entre 2014 et 2015 ou extraites de Les grecs, qu’il réalisa avec Michel Massian pour Dupuis en 1971), attribuées dans le récit à ce peintre mythique que la belle Salomé recherche : Ammôn Kasacz.

Un très beau livre, tragique et envoûtant, original et érudit, d’une grande ambition, qui a pu voir le jour grâce au soutien éditorial des éditions Daniel Maghen qui ont ici donné carte blanche à Lepage et Michel pour qu’ils puissent dérouler leur histoire sur plus de 200 pages, leur offrant, au passage, une édition de grande qualité (le livre comprend notamment, en postface, un portfolio de peintures, esquisses et recherches). Du grand art !

 

(Récit complet – Editions Daniel Maghen)