unbruitEh bien non, Zep ne fait pas que du Titeuf ! C’est d’ailleurs un peu le revers de la médaille pour l’auteur suisse : l’énorme succès de cette série qui l’a rendu célèbre prend tellement de place médiatiquement parlant qu’elle a tendance à éclipser ce qu’il peut faire à côté. Car Zep a une autre facette artistique moins connue : des récits d’auteur plus intimistes et profonds. Et Un bruit étrange et beau est une très belle occasion de la découvrir.

Dans ce très beau roman graphique, qui en surprendra plus d’un, donc, Zep se focalise sur un moine chartreux qui vit cloîtré dans l’abbaye de la Valsainte depuis 25 ans. Il a fait vœu de chasteté, de pauvreté et de silence et passe donc le plus clair de son temps dans sa cellule à prier Dieu. A part la promenade de quelques heures dans la montagne qu’il s’accorde une fois par semaine, rien ne vient perturber la routine rassurante de sa vie. Jusqu’au jour où un frère lui annonce qu’il est convoqué à la lecture du testament de sa tante Elise qui vient de mourir. D’abord réticent, Marcus accepte, sur les conseils de cet autre moine, de s’y rendre : le toit de l’aile sud de l’abbaye est en piteux état et cet héritage est peut-être l’aide que le seigneur veut apporter à leur communauté… Mais il sait très bien que cette escapade à Paris n’est pas sans danger pour lui car les souvenirs qu’il s’était ingénié à faire disparaître de l’horizon de sa vie pour arriver à Dieu risquent fort de ressurgir…

Zep propose ici un récit en tous points semblable à son dessin : fin, délicat et touchant. C’est en effet avec beaucoup de subtilité qu’il brosse le portrait de ce moine, tentant avant tout de comprendre comment on peut décider de sacrifier sa vie pour Dieu. En le sortant de son cocon protecteur habituel (tout est organisé pour lui à l’abbaye et Marcus n’a pas à réfléchir et encore moins à prendre de décisions), au fil des rencontres qu’il lui fait faire (une jeune fille en fin de vie dans le train, son cousin –le fils de sa tante décédée- qui ne fait que faire la fête et se droguer pour oublier ou sa cousine malheureuse en amour), l’auteur révèle petit à petit la face cachée de Marcus : la nature réelle de sa foi mais aussi ses doutes, ses peurs et même ses angoisses. Un portrait fort et sensible (qui nous parle aussi, en creux, des choix, conscients ou inconscients, que l’on fait pour accepter ou supporter notre condition de mortel), vraiment très réussi, parce qu’il sonne juste.

 

(Récit complet – Rue de Sèvres)