Ces séries concept tournant autour d’un même thème ou d’une idée commune (comme « 7 » ou « Jour J ») ont le vent en poupe ces derniers temps. Souvent dirigées par une équipe élargie (différents scénaristes et dessinateurs se relaient sur chaque nouvel épisode), elles ont l’avantage, pour le lecteur, de proposer une fréquence de parution plutôt inédite jusque là et, pour l’éditeur, de fidéliser les fans sur 5 ou 6 épisodes, voire plus, pour un résultat assez inégal…
« Alter Ego » se positionne exactement sur ce segment (les 6 tomes sortiront en effet en l’espace de 7 mois grâce à un incroyable travail collectif : 2 scénaristes -Renders et Lapière-, 3 dessinateurs spécifiquement chargés des personnages -Reynes, Efa et Zuga- et 2 autres affectés aux décors –Benéteau et Erbetta) tout en améliorant encore la capacité de ce genre de série à fédérer un large public et à le rendre accro. Car l’idée de génie des 2 pilotes du projet, Renders et Lapière, a été de créer une sorte de puzzle monumental composé de 6 grosses pièces narratives pouvant se lire séparément (et dans l’ordre que l’on veut !) mais apportant aussi, en même temps, un éclairage différent et nouveau à l’ensemble du tableau. Et si l’on pouvait, a priori, avoir des doutes quant à la capacité d’une telle usine à gaz à créer un tout cohérent et homogène, on en est pour nos frais tant les 2 premiers tomes -« Camille » et « Fouad »- sont bluffants !
L’intrigue ? En fait, elle varie (et c’est là que c’est intelligent) suivant l’épisode, le personnage et donc le point de vue adopté par les auteurs. Avec « Fouad », on a d’abord l’impression que l’on a à faire à un dangereux terroriste s’en prenant à la responsable d’une fondation humanitaire qui a lancé une vaste campagne d’éradication du sida à travers le monde. Et dans « Camille », l’héroïne éponyme n’est autre que la fille de Suzanne Rochant, chercheuse en neurosciences qui vient de mourir dans l’incendie de sa maison à Singapour alors qu’elle venait d’avoir une violente altercation au téléphone avec son supérieur, Raïji Urasawa, PDG de U Tech, qui a financé (et contrôlé..) les recherches de la fondation ayant mis au point le vaccin révolutionnaire contre le sida…
Par un astucieux jeu de miroirs, ce thriller à la mécanique parfaitement huilée et à la précision d’horlogerie joue avec les apparences et les différentes formes que la vérité peut parfois prendre pour mieux perdre le lecteur dans ce labyrinthe narratif, aussi malin qu’imprévisible, mêlant manipulation, parapsychologie et complot scientifique. Diabolique ! Une grande réussite dont on attend la suite avec impatience !

(BD – dupuis)