rougegorgerouge_hypersomiaQui se souvient encore de Sincabeza, ce trio bordelais qui emmenait le post-rock en zone ludique et personnelle avant que le style ne soit balisé et affadit par une génération de groupes sans talent ? Peu de monde, sans doute…
Pourtant c’est bien le batteur de cette formation étonnante, et avec lui tout le talent du trio, qu’on retrouve sur ce deuxième album de RougeGorgeRouge. Quel plaisir de retrouver cette manière personnelle de jouer avec les styles, de s’amuser, de jongler avec les références. Sur « Hypersomnia », on voit ainsi défiler les cases sans pouvoir y enfermer le groupe bordelais (sur lequel on retrouve aussi Julien de Magneto). Souvent instrumentale, la musique s’agrémente régulièrement d’une voix distordue, et évite soigneusement de trop prendre l’auditeur dans le sens du poil, malgré ses clins d’œil fréquents au post-rock. De là à les rapprocher d’une certaine scène krautrock, il n’y a qu’un pas. Loin de nous endormir, malgré ce que pouvait laisser entendre le nom de l’album, le groupe joue sur divers états, passant du rêve au cauchemar, pour rester dans le registre du sommeil. Il aime laisser la répétition de la rythmique guider son propos, dériver, s’adoucir, pour reprendre de plus bel, tendre le rythme, et bousculer les belles ambiances qu’il vient de créer. Car la guitare n’hésite pas à violenter le propos, rappelant que la scène noise n’est jamais bien loin. En huit titres, le groupe arrive à toucher à tout sans se perdre. Ils jouent du kalimba ici, nous rendent triste là, nous font croire qu’ils font du rock psychédélique, plombent l’ambiance sous les synthés sombres, puis nous invitent à la danse joyeuse… Il y a forcément quelques faux pas, mais c’est si bon de voir un groupe s’amuser !

(album – collision music)