papiertigre-thescrewAprès deux albums magnifiques qui placèrent directement le trio nantais dans le haut du panier français, voici donc The Screw, troisième enregistrement studio de Papier Tigre. The Screw, traduisez littéralement « la vis », ou « la baise » en argot. Le ton est donné. Forts de leur expérience passée et de l’aventure Colonie de Vacances (projet quadriphonique réunissant Papier Tigre, Marvin, Electric Electric et Pneu), le trio semble avoir voulu innover. L’envie de ne pas stagner et refaire invariablement le même album.
Les nantais semblent ne garder que l’essentiel de leur musique, sans fioritures. Comme une sorte de doigt d’honneur au petit succès de La Colonie de Vacances, ce disque se veut plus complexe, plus aride, et sans aucun doute plus expérimental que les précédents. Pas question de pousser les refrains accrocheurs et les cavalcades libératrices plus loin. Les morceaux de The Screw demandent une certaine concentration. Rythmiques syncopées et dépouillement d’équilibriste. « The Other Me », « Mood trials » ou « Heebies Jeebies », les trois premiers morceaux s’inscrivent pourtant encore dans la continuité des précédents albums, avec ce savoir-faire dansant, mais en évitant surtout de lâcher trop la bride, en insistant toujours plus sur les ruptures et les cassures. Les notes rebondissent comme une partie de ping pong avec la batterie. Le chant toujours plus pop ramène les digressions à quelque chose de plus accessible. Mais rapidement le groupe dévie. Comme si le tri n’avait pas été vraiment fait. Il tient pourtant toujours de l’or entre ses mains, mais ses constructions tarabiscotées manquent parfois de simplicité. Autrefois, les nantais nous rattrapaient avec un refrain catchy après un couplet technique et sérieux ; aujourd’hui, ils semblent laisser libre court à leurs recherches, sans contraintes ni filet. Est-ce que le choix d’enregistrer et produire cet album seul a à voir avec ces variations ?  Sur la face B, le trio s’essaie même en agent provocateur avec 9 minutes de répétitions stressantes (« A Matter of Minutes ») qui feraient passer Shellac pour des enfants de cœur. L’ambiance y est cela dit impressionnante de tension.
Pour conclure, Papier Tigre manie toujours à merveille un univers unique, et possède définitivement une personnalité et un talent fou. Certaines recherches presque kraut (« Each and Every » qui vient clôturer l’album) montrent même une nouvelle facette convaincante du groupe. Mais nous attendions sans doute un peu plus de certains titres, espérant sans doute voir le groupe glisser vers des chansons légèrement moins complexes. C’est sans conteste une autre voie que le trio a décidé de suivre, nous laissant avec un album qui demandera plusieurs écoutes avant d’en défricher ses trésors.