villeUn homme rentre, comme toujours après sa journée de travail, chez lui dans un quartier de Beyrouth. Mais quand il est censé se retrouver face à son immeuble, il se rend compte que celui-ci a disparu. Commence alors pour lui une nuit qui va s’avérer aussi imprévisible que surréaliste : son meilleur ami qui lui annonce avoir quitté sa femme après des années de mariage pour être enfin libre et vivre avec sa maîtresse, une prostituée qui lui demande de lui faire une gâterie dans la rue, des gens qui courent nus après un chien, un Batman obèse qui rôde sur les toits pour surveiller ce qui se passe dans sa ville…

Il y a du Kafka dans Ville avoisinant la Terre, avec ce protagoniste, Farid Tawill, qui erre dans sa ville, à la recherche de sa famille et de son appartement disparus. Et pour cause : cette ville, Beyrouth, il ne la reconnaît pas. Il ne la reconnaît plus. Ces gens manipulés par la société de consommation et abrutis par la télévision lui sont étrangers. Ces dirigeants qui se réclament de Dieu et qui annoncent vouloir redresser le cèdre (le symbole du Liban) en utilisant des méthodes musclées s’il le faut, il ne se reconnaît plus en eux. Et tout ceci se double, en prime, d’une crise existentielle : le fait que Farid ne retrouve pas son immeuble peut être vu comme une métaphore mais aussi comme un acte manqué. Car il ne veut tout simplement plus de cette vie –mariage, vie de famille, travail de bureau sans intérêt- qu’il n’a pas vraiment choisie. De quoi véritablement devenir fou !

Mhaya met en images avec beaucoup de talent et d’inspiration cette plongée dans le chaos, la violence et la folie de Beyrouth (et de Tawill…) dans ce récit au final bien sombre. A l’image de son travail graphique : un dessin à l’aquarelle, aussi fin qu’expressif, tout en nuances de noirs et de gris, vraiment superbe. Et le constat qu’y dresse l’auteur sur sa ville, le Liban et ses habitants est aussi sévère que désabusé. Un seul regret pour le lecteur français : le manque de repères historiques et politiques (l’auteur fait référence, implicitement, à des évènements et à des personnalités de son pays) qui nous empêche de parfois comprendre plus finement où il veut en venir.

 

(Récit complet – Denoël Graphic)