ayaAya, Biakissintou et Adjoua, 19-20 ans, vivent à Abidjan, dans le quartier de Yopougon, affectueusement surnommé Yop City par ses habitants. 3 copines qui ont du mal avec les hommes ! Bintou et Adjoua traînent souvent dans les maquis (les cafés à ciel ouvert), le soir, pour se trouver un mari qui a assez d’argent pour leur assurer une vie agréable. Mais comment faire le bon choix entre tous ces dragueurs beaux parleurs qui ne cherchent qu’à s’amuser ? Quand elle entend que Moussa est le fils du patron de la Solibra, la plus célèbre bière ivoirienne, Adjoua se met en tête de le séduire et se retrouve rapidement « enceintée »…Sauf que Bintou a aussi décidé de se rapprocher de Moussa…Un joli méli-mélo amoureux en perspective ! Et encore on n’a pas encore parlé de la maîtresse d’Ignace (le père d’Aya) qui débarque un beau jour chez lui pour présenter ses 2 enfants à leurs frères et sœurs ou de Koffi (le père de Bintou) qui veut prendre pour seconde épouse Rita qui pourrait être sa fille…

Si vous ne connaissez pas encore Aya de Yopougon, sautez absolument sur cette nouvelle occasion qui se présente à vous : la réédition de l’ensemble des 6 tomes en 2 beaux intégrales (de plus de 300 pages chacun !) par Gallimard ! Car cette série, totalement truculente, a tout pour elle. En premier lieu, son authenticité : Marguerite Abouet a grandi à Abidjan et tout ici sonne africain (la façon de parler des personnages), a l’air africain (les us et coutumes, les pagnes) et sent africain (quand Fanta prépare sa fameuse sauce arachide, on a vraiment l’impression que son fumet traverse les pages pour venir jusqu’à nous…). Et sa façon de mettre en scène les rapports hommes/femmes dans son pays est aussi drôle que bien vu et surtout mordante. Car sous la plume d’Abouet les agissements primaires et machos des ivoiriens sont souvent tournés en ridicule ! Mais il faut avouer qu’ils le méritent bien (ils utilisent souvent leur statut social supérieur aux femmes pour parvenir à leurs fins sexuelles et la plupart ont un « deuxième bureau », entendez une maîtresse et/ou des enfants cachés…) ! Enfin, le tout est parfaitement mis en images par Clément Oubrerie dont le trait dynamique et expressif et les couleurs vives donnent véritablement vie à cette Commedia dell’arte africaine. En bonus, vous trouverez, à la fin du livre, les recettes des personnages pour cuisiner africain, un lexique pour parler le français ivoirien ou des conseils pour bien porter votre pagne ou balancer votre tassaba (vos fesses…) !

Ah et puisqu’on parle de Marguerite Abouet, sachez que dans le même esprit, elle fait une autre série, Akissi (la sœur d’Aya), avec le talentueux Mathieu Sapin au dessin, sympa comme tout, qui s’adresse elle aux enfants. Faux départ, le nouveau tome, vient d’ailleurs de sortir.

 

 

(Intégrale – Gallimard)