weekendsEn 2014, Le Monde propose à Ruppert et Mulot de faire un strip par quinzaine pour leur supplément Culture et idées du week-end. Jusque là rien de spécial, vous me direz. C’est vrai : beaucoup de journaux incorporent maintenant de la bande dessinée à leurs numéros. Sauf que le strip en question est un peu particulier : il doit être complètement vertical (il mesure 360 mm de haut pour 55 mm de large pour être précis) pour pouvoir s’intégrer aux colonnes du journal, Le Monde ne désirant pas bouleverser sa mise en page habituelle. Beaucoup de dessinateurs auraient refusé (et ont peut-être refusé d’ailleurs car rien ne nous dit que d’autres dessinateurs n’ont pas été contactés avant Ruppert et Mulot…) face à cette contrainte pour le moins extrême mais pas Ruppert et Mulot ! Le binôme a ainsi réalisé 1 strip toutes les 2 semaines pendant 2 ans. 52 en tout qui se trouvent compilés ici dans Les week-ends de Ruppert et Mulot, auxquels les 2 auteurs ont ajouté pour l’occasion des dessins pleine pages en noir et blanc (souvent moins inspirés d’ailleurs, bizarrement) pour aérer la lecture.

Et le résultat est étonnant ! Car il bouscule complètement nos habitudes de lecture, nous obligeant à regarder en haut d’abord pour aller progressivement vers le bas où l’on prend généralement une bonne claque. Pas toujours car Ruppert et Mulot savent aussi faire dans l’humour plus gentil (comme avec Le kayak ou La promenade en hélicoptère). Mais souvent car ils aiment l’humour qui décape, la plupart du temps noir donc (La noyade ou La montgolfière), mais parfois absurde aussi (La chasse aux bisons). Un exemple ? Imaginez des traces de pas sur le toit enneigé d’un immeuble haussmannien parisien et quand vos yeux regardent quelques étages plus bas, ils tombent sur un Père Noël écrasé sur le sol…

Alors bien sûr, comme souvent avec ce genre de compilation, l’ensemble est inégal car Ruppert et Mulot n’étaient pas aussi inspirés tous les week-ends. Mais ce nouvel Aire libre (avec un format qui a aussi bousculé ses habitudes pour s’adapter aux strips) a le mérite, en plus de faire la preuve du talent narratif du duo (l’exercice n’est vraiment pas aisé !), de souvent surprendre. Une véritable bouffée d’air frais qui démontre que l’on n’a pas encore épuisé toutes les possibilités offertes par la bd !

 

(Compilation de strips – Aire libre)