aya2Arrivé à Paris, Inno déchante vite : il pleut, les gens ne sont pas aimables et son cousin Célestin, qui lui avait pourtant proposé de l’héberger, lui fait comprendre qu’il n’est pas le bienvenu. Moussa est quant à lui toujours introuvable : parti avec l’argent que son père cachait dans son coffre, il a décidé de faire le bien autour de lui en faisant creuser des puits dans des villages asséchés ou en faisant construire des maternités dans des bleds reculés. Et Aya dans tout ça ? Elle a commencé l’université et se rend compte que pour réussir les étudiantes doivent céder aux avances de leurs professeurs qui leur proposent des « cours particuliers » gratuits pour remonter leurs notes…

Quel bonheur de retrouver la suite d’Aya de Yopougon avec cette seconde intégrale (qui rassemble les volumes 4 à 6 de la série) ! Clément Oubrerie et Marguerite Abouet y sont au meilleur de leur forme, nous proposant une nouvelle fois des quiproquos et autres embrouillaminis truculents dont la Côte d’Ivoire a le secret. Machisme des hommes, corruption des élites, faux-prêtres qui tirent avantage de la foi (et de la naïveté…) des gens pour leur extorquer leur argent, femmes qui profitent de leur plastique pour se faire une place dans la société, pères rétrogrades qui décident à qui ils vont marier leurs filles : Marguerite Abouet n’a pas son pareil pour mettre en exergue les travers de ses concitoyens. Avec humour et tendresse certes mais avec mordant aussi, démontrant que c’est tout simplement le sexe qui dirige ce pays ! Mais il n’y a pas que la Côte d’Ivoire qui en prend pour son grade puisque le séjour d’Inno à Paris permet à la scénariste de pointer du doigt le mépris de l’administration française pour les demandeurs de visa ou de rappeler que les mentalités (notamment concernant l’homosexualité) n’étaient pas beaucoup plus évoluées dans notre pays (qu’elle connaît bien puisqu’elle y est arrivée quand elle avait 12 ans) à l’époque (on parle là des années 80).

Un petit bijou de récit choral (qui prend souvent des allures de vaudeville à la sauce sésame), drôle et vraiment attachant, qui sonne particulièrement juste, Oubrerie parvenant à saisir des expressions de visages assez étonnantes de vérité. A ne manquer sous aucun prétexte, notamment pour ses proverbes ivoiriens très imagés que l’on adore. D’ailleurs on ne résiste pas à la tentation d’en partager quelques uns avec vous : « La bouche d’un vieillard sent mauvais mais non ses paroles », « Si pressée que soit la mouche, elle attend que l’excrément soit sorti » ou encore « La diarrhée ne rate pas le cul ». Je vous laisse méditer sur leur sens profond…

 

(Intégrale en 2 parties – Gallimard)