ennemisSuite et fin du grand pari graphique et narratif de Les meilleurs ennemis : raconter les relations entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient de 1783 à nos jours, avec la sortie de la troisième partie qui couvre la période 1984/2013. Et le résultat est toujours aussi passionnant et édifiant !

Filiu continue en effet de vulgariser avec bonheur les complexes géopolitiques américaines et arabes pour éclairer les coulisses des 2 guerres du Golfe, du printemps arabe, de l’après 11 septembre ou du conflit israélo-palestinien. Et, au passage, de pointer du doigt les bourdes monumentales faites par certains présidents et leurs gouvernements. Et à ce niveau-là, George Bush Junior est le champion toutes catégories ! Jugez plutôt : quelques jours avant les attaques du 11 septembre, tellement obnubilé par l’Irak et Saddam Hussein (le nouveau président reprochait à son père de l’avoir laissé au pouvoir…), il négligea une note des Renseignements l’avertissant que Ben Laden et Al-Qaïda (19 de ses membres avaient infiltré le territoire américain depuis plusieurs semaines) étaient prêts à frapper les Etats-Unis… ; un peu plus tard, alors que les Etats-Unis étaient parvenus à renverser le régime afghan taliban facilement, Bush et son état major refusèrent d’envoyer les troupes au sol pour éviter de trop grosses pertes en hommes, ce qui permit à Ben Laden, pourtant totalement aculé dans son nid d’aigle de Tora Bora de s’échapper et d’encore faire des siennes plus tard (avec des attaques meurtrières en Arabie Saoudite et au Maroc) ; enfin, il plongea l’Irak dans le chaos en n’anticipant pas l’après Saddam Hussein, une fois le dictateur irakien déchu. Entre autres…

Jean-Pierre Filiu, historien et universitaire spécialiste du Moyen-Orient mais aussi diplomate entre 1988 et 2006, revient également ici bien sûr sur le rôle de la France (avec la désormais célèbre intervention de De Villepin au siège des Nations Unies) ou sur les tractations en coulisses de Poutine pour tirer son épingle du jeu dans la région. Et le tout est mis en images avec toujours autant d’inventivité (allez mettre en scène des coups d’état, des traques de terroristes ou des doctrines politiques en 1 ou 2 cases, vous !) par David B. dont le dessin en noir et blanc rend une nouvelle fois cette troisième partie aussi accessible que vivante. Brillant.

 

(Récit historique en 3 volumes – Futuropolis)