Le gouverneur a fait appeler Lucky Luke : il y a encore un souci avec les Dalton ! Non, rassurez-vous ils ne se sont pas évadés de prison. C’est juste que Jack a décidé de faire une grève de la faim ! Et le procureur aimerait que le héros du far west se rende sur place pour éclaircir cette histoire. Sauf que cela ne tombe pas très bien pour Lucky Luke qui a d’autres problèmes à régler en ce moment : Jolly Jumper ne veut plus lui parler ! Il boude, il ne répond plus…

Les responsables de Lucky Comics savaient qu’en confiant les rennes de la série (pour un épisode seulement, hein!) à Bouzard, l’image de Lucky Luke risquait fort d’être écornée. C’est même probablement pour cela qu’ils l’ont choisi d’ailleurs : pour dépoussiérer, le temps d’un épisode, le mythe créé par Morris et en donner sa propre vision. Et avec Jolly Jumper ne répond plus ils sont servis car la vision en question est complètement décalée et délirante au possible ! A tel point que les fans absolus de la série historique risquent fort de ne pas apprécier la façon dont Bouzard traite Lucky Luke ici…Naïf et même un peu benêt sur les bords (il ne comprend pas quand ses interlocuteurs font de l’humour et prend ce qu’on lui dit au pied de la lettre), il passe même pour un fou (forcément : il raconte à tout le monde que son cheval ne veut plus lui parler…). Pire, il suffit qu’il change d’habits (il remplace son éternelle chemise jaune par la même en rouge) pour qu’on ne le reconnaisse plus. Et on ne vous a pas encore dit qu’il se fait même rouler dans la farine par Ma Dalton et perd un duel au pistolet…

C’est bien sûr la grande idée de ce one shot : utiliser l’image un peu mythique (parce qu’elle vient de notre enfance) que l’on a de Lucky Luke (en gros le cow-boy solitaire en jeans et chemise jaune toujours prêt à aider la veuve et l’orphelin accompagné de son fidèle Jolly Jumper avec qui il est si complice) et jouer de façon irrévérencieuse avec. Et cela fonctionne vraiment bien. Et si l’on y ajoute quelques jeux de mots bien pourris, un bon vieux running gag (le « Du calme, Joe ! Joe, du calme » qui revient dans la bouche de tous les personnages ou presque), l’apparition en guest star d’un personnage historique de la série (en l’occurrence Phil Defer), de nombreux clins d’oeil, souvent savoureux, à la série elle-même (au fait que Lucky Luke ait arrêté de fumer à un moment donné pour s’adapter aux lois anti-tabac ou qu’il tire plus vite que son ombre) ou à notre réalité (« on va faire tourner les ponchos ») ou quelques surprises scénaristiques de derrière les fagots (les Dalton daltoniens, Averell devenu boulimique et intelligent, le concours d’insultes entre Luke et Joe…), on comprend pourquoi cet épisode 100% Bouzard est vraiment truculent.

(Récit complet – Lucky Comics)