Très certainement déjà l’éditeur proposant le catalogue de comics américain le plus fourni en France, les éditions Delcourt n’ont visiblement pas l’intention de s’endormir sur leurs lauriers puisqu’elles viennent de lancer « Dark Night », une nouvelle collection tout spécialement dédiée au polar à l’américaine. Après « Le frisson », signé Stan et Bertilorenzi, ce sont cette fois Azzarello (connu pour sa série « 100 Bullets » qui a remporté quelques Eisner awards) et Santos qui sont à l’affiche de cette seconde sortie.
Un « Sale fric » dont le titre a perdu beaucoup de son intérêt avec sa traduction. Et du double sens qu’induisait originellement « Filthy Rich ». Des sales riches dont le « héros » (entre gros guillemets) rêve de faire partie. Rich (un prénom pas vraiment prémonitoire) Junkin ferait même n’importe quoi pour cela. A tel point que cela se voit dans ses yeux. Cela se sent dans cette haine, cette rancœur qu’il traîne avec lui. Alors quand son patron (un riche concessionnaire de Cadillac) lui propose de laisser tomber la vente de ses voitures pour surveiller sa fille lors de ses sorties avec la jet set locale et l’empêcher de faire les gros titres des journaux à cause de ses frasques, notre gars se dit que la roue tourne enfin et que la vie a décidé de « remonter son froc parce qu’elle a fini de te chier dessus » (cette image est l’une des belles trouvailles du roman). Sauf que pour faire partie de la cour des grands et mettre au point des entourloupes compliquées, il faut savoir garder son calme et la tête froide. Ce qui est loin d’être le cas d’un sanguin comme lui…
Assez judicieusement mis en images par le noir et blanc (parfois approximatif mais dont les visages de temps à autres déformés par la haine ou le plaisir, et du coup hideux, montrent la vraie facette des personnages) de Santos, qui doit tout de même beaucoup à Frank Miller, ce « Sale fric » ne révolutionnera cependant pas le genre. Certes, l’intrigue est plutôt bien ficelée et les personnages, qu’ils soient losers ou experts en manipulation, sont bien campés mais le récit ne surprend guère, Azzarello se montrant en fait plus enclin à suivre les codes du roman noir qu’à s’en démarquer. Mais après tout, ce n’est certainement pas ce qu’on lui demandait. Alors notre homme a fait le boulot, plutôt bien donc, pour livrer un honnête roman graphique.

(BD – delcourt)