Dans un futur (peut-être plus) proche (qu’on ne le croit). La société interdit aux gens de ne pas travailler. Si leur temps de non-activité autorisée est dépassé, ils sont convoqués au service disciplinaire qui les condamne aux travaux forcés d’intérêt général. Parce que ces assistés coûtent de plus en plus cher à la société et doivent comprendre qu’il leur faut s’adapter aux mutations économiques et sociales de la mondialisation ! Fodyl travaille justement au C.R.G.C., le Centre Régionale de Gestion des Cas, où il reçoit les personnes sans emploi pour essayer de leur trouver une solution avant la fameuse condamnation. Il vient d’être convoqué par sa direction : non seulement il a osé contester la note annuelle de son supérieur mais en plus il passe, en moyenne, 10 minutes et 47 secondes par cas (Fodyl veut faire son travail de façon humaine…) alors que certains de ses collègues ne dépassent pas les 3 minutes…

La brigade de gestion des cas qui vient arrêter les « fainéants », façon B.A.C., chez eux pour les emmener en réinsertion aux travaux forcés, personnes sans emploi considérées comme des délinquants que tout le monde méprise et montre du doigt dans la rue, hiérarchie autoritaire qui ne tolère pas le moindre petit écart à ses employés sous peine de gel de salaire voire de blâme ou de renvoi : cette société au fonctionnement absurde et à la bureaucratie Kafkaïenne qui broie les individus prêtent tout d’abord à sourire, c’est vrai. Mais très vite le rire devient jaune car le miroir que Lomig nous tend ici avec Le cas Fodyl est à peine grossissant. On y va tout droit vers cette société là ! Qui oblige déjà les personnes au chômage à accepter n’importe quel travail pour pouvoir gagner à peu près dignement leur vie, pointe du doigt les assistés qui ne veulent pas ou ne peuvent simplement pas (parce qu’ils n’en comprennent pas les règles) jouer au jeu qu’on leur impose. Et qui sacrifie tout (et notamment les droits des salariés) sur l’autel de la sacro-sainte croissance. Vous allez peut-être me rétorquer que l’idée des travaux forcés d’intérêt général est un peu exagérée…Ce serait oublier qu’il n’y a pas si longtemps (et c’est peut-être d’ailleurs encore au programme de Fillon…) la droite proposait de donner du travail d’intérêt général aux personnes bénéficiant du RSA en compensation de ce qu’ils touchaient…

Voilà en tout cas une satire politique et sociétale féroce qui ne manque pas de sel, grâce à quelques belles trouvailles (la fameuse brigade d’intervention ou la belle métaphore autour des mouettes –et de celui chargé de les éradiquer…) et au travail graphique (notamment cette mise en couleur –une bichromie blanc/bleu-gris terne- qui renforce le côté froid et inquiétant de l’histoire) judicieux de Lomig et qui nous oblige à regarder en face la société que l’on va laisser à nos enfants, les compromis que l’on accepte de faire, les idéaux que l’on est en train de sacrifier en cours de route…Pas inutile à quelques semaines des présidentielles…

 

(Récit complet – Futuropolis)