Marié, un boulot stable (il est journaliste), 2 enfants : à 42 ans, David Brinkley vit tranquillement à Middleville, dans la grande banlieue de New-York. A le voir promener son chien, un peu bedonnant (lui, pas son chien, hein !), qui pourrait deviner qu’il a été le super-héros le plus puissant d’Amérique et qu’il a sauvé le monde à plusieurs reprises, sans même, parfois, que l’on s’en rende compte ?  Mais tout ça, c’était il y a presque 10 ans ! Depuis, inexplicablement, il avait petit à petit perdu ses super-pouvoirs, s’était empâté et avait même rangé son maillot collant bleu, ses bottillons rouges, sa sur-culotte rouge, sa cape blanche et son masque violet. Pour toujours, croyait-il. Sauf que depuis quelques jours, New-York est à feu et à sang. Profitant d’une grève de la police, des hordes de voyous semblent s’être donné le mot pour piller, agresser et violer. New-York a besoin de lui. En tout cas lui qui s’ennuie dans cette vie routinière a envie de le croire. Mais est-il seulement encore capable de voler ?

Ce roman est une vraie curiosité ! Déjà parce qu’il a paru aux Etats-Unis il y a 40 ans et qu’il est ici traduit pour la première fois, grâce aux éditions Aux forges de Vulcain, en français ! Mais aussi parce qu’il ne ressemble pas à grand chose de connu. Pour son premier roman, Robert Mayer balançait là un drôle de livre dans la mare : une parodie déjantée des histoires de super-héros sur fond de crise de la quarantaine ! Car si l’histoire de David Brinkley ressemble beaucoup à celle des autres super héros et surtout à celle de Clark Kent (ses origines, la Cronkite, son destin de super-héros : tout est calqué sur l’histoire de Superman), l’auteur campe ici un héros qui a vieilli, bedonnant, qui s’ennuie dans sa maison de banlieue semblable à celle de ses voisins et dont les pouvoirs (les super-pouvoirs mais aussi les autres…) ne sont plus très fiables….Bref, David a tous les symptômes de la crise de la quarantaine !

Pourtant, notre homme va de nouveau revêtir son uniforme. Parce qu’on a besoin de lui mais aussi, et surtout, pour se prouver à lui-même qu’il en est encore capable même si ces émeutes sentent le piège à plein nez. Ajoutez à cette crise un tas d’allusions et de clins d’œil à l’histoire et à la culture américaines (tous les noms des personnages sont empruntés à des joueurs de base-ball célèbres, à des hommes politiques ou à des chanteurs de l’époque), des méchants absolument improbables (la tête pensante du complot contre David s’appelle Pxyzsyzygy et il zozote et celui qu’il doit vaincre en combat rapproché est un homme caoutchouc dont le corps se déforme à volonté…) et un peu d’espionnage (on était, à l’époque, en pleine guerre froide) et vous aurez une idée d’à quoi vous attendre avec Supernormal qui a apparemment influencé pas mal d’auteurs comme Alan Moore, Neil Gaiman ou Grant Morrison. Une lecture étonnante.

 

(Roman – Aux forges de Vulcain)