Quand il était gamin, son père lui racontait parfois la faim qui l’étreignait quand il avait 5 ans parce que son père ne pouvait ramener que quelques figues sèches à manger à ses enfants. La peur quand il partait travailler à l’aube avec ce même père et qu’après avoir dépassé la garde civile et les camions de prisonniers républicains, ils entendaient les rafales de mitrailleuses claquer sur les murs du cimetière. La haine quand il voyait les femmes bien habillées tenant leurs enfants bien nourris pour aller à la messe. Mais quand il posait des questions pour tenter d’en savoir plus sur cette période de l’après guerre civile, tout ce qu’il obtenait comme réponses, c’était des blancs…

Miguel Francisco est à son tour devenu père. Directeur artistique dans de grandes boîtes de jeux vidéos (c ‘est à lui, notamment, que l’on doit les personnages principaux de la série animée Angry Birds…), il s’est décidé  à se pencher sur l’histoire familiale et à la raconter dans ce qui est son premier livre, histoire de pouvoir remplir les espaces vides et de transmettre des réponses à son fiston quand il posera lui aussi des questions. Quand il voudra par exemple savoir pourquoi son arrière-grand-père (pendant la dictature de Primo de Rivera et la guerre du Rif qui voyait beaucoup de pauvres –les riches payaient pour y couper- se faire tuer en première ligne) s’est exilé en Argentine, pendant 7 ans, laissant sa femme et ses enfants derrière lui. Ou pourquoi, après la fin de la guerre civile, il dût accepter d’abandonner sa maison et ses biens à son demi-frère sans rien dire. Ou pourquoi son grand-père avait l’air si triste sur les photos…

Les espaces vides est un bien beau récit, touchant, qui nous parle de famille, d’échange et de transmission. Pour ne pas oublier d’où on vient et où l’on va. Un bel hommage, aussi, au courage de ce grand-père (et avec lui à tout ceux qui se sont battus pour la liberté et se sont élevés contre la dictature et le fascisme) anarchiste qui n’a jamais courbé l’échine malgré le danger que cela lui faisait courir. Un travail de mémoire régulièrement drôle (il est ponctué ici ou là de notes d’humour et le dessin sur ordinateur de Francisco amène un peu de légèreté) malgré les sujets graves qu’il aborde et qui conseille de prendre la vie (ses hasards parfois heureux, les jolies filles…) du bon côté  malgré tout. Un bon cru, comme souvent, pour cette collection Mirages.

 

(Récit complet – Delcourt)