Cette île l’a vu naître puis grandir. Mais pas seulement. Sa beauté sauvage a façonné son inconscient. Son volcan, surnommé le dragon, est au coeur de son Oeuvre. Alors quand Cristobal revient sur son île, après un exil de plusieurs années qui l’ont consacré comme l’un des plus grands artistes contemporains au monde, et qu’il découvre ce projet hôtelier qui défigure la côte, son sang ne fait qu’un tour : il s’en prend d’abord à la pelleteuse présente sur le chantier puis se promet de consacrer toute son énergie artistique à son île, pour protéger son caractère authentique et sa beauté vierge…

Si Le retour est construit comme un récit policier somme toute assez classique, avec l’inspecteur qui fouille discrètement (la notoriété de la victime l’impose) dans la vie de la victime (ce qui aboutit à des flash backs éclairant sa vie et sa personnalité) pour y voir plus clair dans cette affaire, c’est bien le contexte dans lequel l’enquête se déroule -le monde de l’Art- qui rend le récit plus original. Et qui permet à Duhamel de soulever, en filigrane, des questions intéressantes sur la création et l’Art (par exemple : l’artiste doit-il forcément être un peu mégalomane pour créer une œuvre révolutionnaire, qui en vaille vraiment la peine?).

Hommage à l’artiste Manrique (dont la vie a inspiré, très librement, cette histoire) et à sa magnifique île de Lanzarote, Le retour et sa narration maîtrisée, propose au final un portrait plutôt réussi de cet artiste : de sa vision, de ses prises de position, de ses contradictions aussi (ce qui rappellera certains artistes engagés à leurs débuts avant d’être avalés et digérés par le système qu’ils critiquaient justement par la suite). Un divertissement intelligent.

(Récit complet – Grand Angle)