En ce dimanche soir, le groupe de San Diego qui n’avait pas remis les pieds en France depuis 10 ans, nous faisait l’honneur de venir fêter les 20 ans de son premier album. J’arrive trop tard pour voir la première partie, mais dès que les lumières s’éteignent, on sent que le soleil de l’après-midi s’est définitivement fait la malle et qu’on n’est pas là pour rigoler. Il faut avouer que la musique de Black Heart Procession n’est pas de celle qui vous remonte le moral, ou vous donne envie de faire la fête. Les gens vont même jusqu’à chuchoter avant que le groupe monte sur scène. On ne veut pas déranger.

Ce soir, à Petit Bain, le duo fondateur du groupe (Pall Jenkins et Tobias Nathaniel) est entouré de deux autres musiciens (batterie, et accordéon/clavier), et dès le début, on replonge directement en 1997, dans les ténèbres du premier album (que le groupe va jouer en entier), dans cette folk sombre, dans cette scie musicale, et ce jeu de piano typique.
Ces anciens Three Miles Pilot recréent un univers hanté entre mélancolie amoureuse et noirceur à la Tim Burton (« The Winter My Heart Froze ») avec ses portes qui grincent. Le chant de Pall semble communier avec les fantômes pendant que Tobias envahit la salle de ses notes de piano habitées. Quand la batterie entre en scène, et ce n’est pas si souvent, le public jubile, évacuant enfin, le poids émotionnel qu’imposent les deux têtes pensantes. Car, avec les titres de ce premier album, le groupe reste minimal, sans fioriture, n’échangeant quasiment jamais avec son public (sauf pour le rappel).

Parfois, en mode piano-chant, Black Heart me renvoie les images d’un mariage ayant viré au cauchemar, comme dans un mauvais rêve. Les invités dormant sur les tables, saouls, pendant que le groupe joue ses ballades tristes, noyées dans la reverb. La mariée pleure seule. Le marié, lui, est endormi au creux des seins de la cousine, à moitié dévêtue. Et le groupe continue de chanter ses histoires tristes… d’une beauté sublime…

Heureusement, la batterie va revenir, et me sortir de mon délire. Car ce premier album possède aussi son lot de tubes. Il annonçait déjà tout ce qu’allait devenir Black Heart Procession par la suite. Et bien que plus introspectif que les suivants, on y voit déjà naître quelques classiques de « Release my Heart », ou « Square Heart », au merveilleux « Blue Water ». Nous aurons même le droit à « A Cry for Love » de l’album « Amor Del Tropico » et « War is Over » de l’album « Three » (en rappel). Le public apprécie, même si le groupe n’a toujours pas échangé un sourire. La procession est belle mais le cœur est noir.

L’éclaircie arrivera pour le rappel. Pall Jenkins, couvert de son chapeau noir, va établir le contact. Nous parler des 20 ans de ce premier album, et surtout nous parler de leur ville de San Diego, de leurs amis mexicains, et de ce mur que Trump voudrait construire. Black Heart Procession va finir cette belle soirée avec un nouveau morceau, « Border », parlant encore une fois de séparation, mais cette fois-ci, ce sera celle de deux peuples et non d’un couple. Le cœur restera noir.