Son adaptation de Charly 9, roman de Jean Teulé, avait débouché sur l’une des meilleurs bds de 2013. Guérineau propose en quelque sorte sa propre suite, en auteur complet, avec Henriquet, l’homme reine. Car l’Henriquet du titre, c’est Henri de Valois qui, à la mort de son frère Charles IX, est rappelé de Pologne (où il était roi…) par sa mère Catherine de Médicis pour lui succéder. Devenu roi de France, Henri III se rend compte qu’il a hérité d’une situation particulièrement délicate. Pris en tenaille entre les protestants réformés (menés par son cousin Henri de Navarre) qui demandent que l’on reconnaisse leurs droits et son propre frère, le duc d’Alençon, qui complote dans son dos et soutient le parti des Malcontents puis la ligue catholique du duc de Guise qui exige que l’on règle une bonne fois pour toutes leur compte aux protestants, le nouveau roi n’a qu’une marge de manœuvre très réduite. D’autant que les caisses de l’état sont vides et que la colère gronde parmi la population. Sans compter la reine mère, Catherine de Médicis, qui entend également avoir son mot à dire dans les décisions à prendre…

Henriquet est une leçon d’histoire comme on ne vous en a jamais enseignée…Drôle (difficile, par exemple, de résister à la narration de l’agression du roi par le moine Clément, tout simplement hilarante, par les hommes qui en ont été les plus proches témoins), surprenante, singulière, vivante mais édifiante en même temps. Car si Guérineau raconte bel et bien comment Henri III a essayé de négocier avec les uns et les autres, protestants et catholiques, pour maintenir un semblant de paix dans le Royaume et, surtout, rester sur le trône, il nous montre également les coulisses, l’envers du décor de l’Histoire avec un grand H. Il met par exemple en exergue les extravagances et le goût pour les hommes (ses préférés étaient surnommés les mignons) d’Henri III. Les ingérences de la reine mère Catherine de Médicis qui a pris goût au pouvoir lorsqu’elle a été régente du Royaume. Ou l’importance des courtisanes et du sexe dans les négociations et les signatures des traités (la paix, parfois, tient à peu de choses…). Pour mieux montrer la réalité de la gouvernance et de la politique, particulièrement complexes et parfois risibles, à l’époque des monarques.

Du côté graphique, Guérineau fait preuve de beaucoup d’inventivité (en insérant dans le récit, ici ou là, de faux extraits de livre d’histoire d’époque ou des pages d’illustrés mettant un coup de projecteur sur un événement en particulier) pour rendre toutes ces négociations, complots, dates, batailles et autres trahisons clairs et digestes. Et même mieux : vivants. Et son dessin, capable de prendre des formes nouvelles suivant les besoins, est tout simplement superbe. Henriquet, l’homme reine est une nouvelle belle réussite pour le dessinateur du Chant des Stryges.

(Récit complet – Delcourt)