1942. Paris, Passage de la bonne graine. Nous suivons le quotidien de familles habitant le même immeuble. Il y a Simone, la fille de la gardienne, qui ne sait comment avouer son homosexualité aux gens qui l’entourent. Il y a la belle Joséphine dont tous les voisins admirent la carrière au cabaret alors qu’en fait elle se prostitue pour gagner sa vie. Henriette, qui sous ses airs de vieille pimbêche, cache une petite fille juive dans sa cave. Et Rose qui tombe amoureuse d’un officier allemand et se lance, en secret, dans cette relation aussi dangereuse que passionnée. Malgré Raymond, son mari qui se bat sur le front. Et malgré le regard accusateur de ses amies, Sarah et Judith, qui ont remarqué ses sorties nocturnes et ses tenues coquettes…

Quoi de mieux qu’un récit choral pour montrer le point commun qui rassemble ses protagonistes : le secret. Car être une femme en 1942 n’était pas une partie de plaisir. Pas le droit de voter, pas le droit de choisir sa sexualité, pas le droit de se marier avec celui que l’on aime…Alors il fallait tout garder pour soi, taire ses désirs, ses opinions politiques, ses envies de changement. Cacher le viol, la violence d’un mari ou une maladie honteuse. Car la société patriarcale de l’époque n’était pas capable d’accepter tout cela. Alors imaginez une relation entre un officier allemand et une française dont la mari se trouvait sur le front…

Collaboration horizontale est l’une des très bonnes surprises de ce début d’année et avec lui le duo d’auteures qui lui a permis de voir le jour : Navie et Carole Maurel qui nous rappellent ici, avec un scénario intelligent et touchant pour Navie et beaucoup d’inventivité graphique pour Maurel à quel point les femmes ont souffert et ont dû montrer de courage pour obtenir, pas à pas, plus de droits dans cette société (encore très!) machiste et étroite d’esprit qui est la nôtre. Un récit féministe certes mais qui milite aussi pour la tolérance et l’acceptation de la différence quelle qu’elle soit de fort belle façon. Très recommandé.

(Récit complet – Delcourt)