Un jeune homme se réveille dans un train. Il ne se souvient de rien. Ni de ce qu’il fait là, ni de son nom, ni de l’identité de l’homme à lunettes assis en face de lui. Ce dernier lui explique qu’il s’est proposé aux médecins débordés pour l’accueillir chez lui afin qu’il poursuive sa convalescence après le choc qu’il a reçu à la tête lors de la grande catastrophe. Arrivé chez lui, il l’installe dans un atelier et lui demande de s’occuper du jardin. Mais rapidement le jeune homme est en proie à de violents maux de tête. Herman Desonge, l’homme à lunettes, le dirige alors vers un étrange médecin qui lui fait débuter une thérapie originale en ouvrant un rideau qui laisse apparaître un monde hyper coloré, aux teintes chaudes et chatoyantes…

Quelle belle découverte que ce roman graphique et son jeune auteur (il est né en 1990), Sylvain Escallon, qui sort ici un troisième livre à l’univers très personnel. Dans lequel on pénètre via un travail graphique à l’encre noir, que l’on peut situer quelque part entre Marc-Antoine Mathieu et Charles Burns, tout simplement magnifique. Profond et inquiétant, il est le relais parfait de l’ambiance mystérieuse et paranoïaque qu’ Escallon met en place avec talent dans le récit. Un héros frappé d’amnésie qui n’a aucun souvenir en tête ; un bon samaritain qui semble pourtant cacher des choses ; un médecin aux pratiques bizarres ; un vagabond étrange qui semble vouloir l’aider quand il le rencontre : le lecteur partage la perte de repères du héros une bonne partie du récit, habilement manipulé qu’il est par l’auteur, avant de comprendre le lien qui unit Herman et le médecin et pourquoi ils aident si généreusement le jeune homme.

Un récit surprenant, que ce soit dans le fond (avec la manipulation comme thème central) ou la forme (avec ces éclairs de couleurs qui jaillissent, par intermittences, de la noirceur de l’encre), aux ambiances kafkaïennes, dont la forme allégorique peut se prêter à de multiples lectures, notamment sur l’Art (garder sa personnalité, son originalité et continuer à cultiver son jardin créatif même dans la difficulté) ou la vie en général (qui peut être belle et magique si l’on sait regarder le bon côté des choses). Coup de cœur !

(Récit complet – Sarbacane)