Le Batofar, ambiance de fer rouillé et de lumières sombres. Parfait pour ce concert de Kas Product et Dear Deer. Deux duos, deux machines, deux garçons, deux filles. Et un peu plus de public.

Le plus frappant ce soir, c’est la moyenne d’âge du public justement, car on sent bien que les gens sont venus voir le groupe qu’ils écoutaient à leur adolescence. 1982, Kas Product sort « Try Out », ovni mythique mêlant machine minimale et voix envoutante. Synthpunk précurseur, biberonné aux sonorités cold et au jazz.

35 ans plus tard, Spatsz et Mona Soyok donnent encore sans réserve. Dans la salle, les crêtes ont laissé place à quelques calvities, les ado de l’époque ont pris du bide, mais on sent bien que l’amour est intact.

En attendant, c’est aux Lillois de Dear Deer d’ouvrir le bal, un album fraichement sorti chez Manic Depression. Le duo va s’avérer parfait pour se mettre dans le bain. Le son, un peu trop sourd, ne sera pas à leur avantage, mais leur rage, leur élégance, et ce petit quelque chose qui donne envie de danser commence à faire son effet. D’un côté, elle, entre pin-up punk et joie d’être là, de l’autre, lui, tout de noir vêtu et pleins de rage. Parfois les transitions tardent, avec ces foutus laptop, et on a du mal à rester dans le set, mais quand elle chante, elle nous rattrape au vol. Alors j’aurais aimé plus de variété entre les morceaux, des sons de guitare plus incisifs, et sans doute quelques autres trucs, mais pour se préparer au set de Kas Product, le post-punk/indus de Dear Deer fut parfait.

C’est ensuite aux stars d’entrer en scène. Les roadies sont aux petits soins. On place le matériel au millimètre près… On s’attend à voir débouler Madonna. On n’est pas si loin. Spatsz entre en premier l’air de rien, suivi de Mona. La salle est pleine. Rapidement les tubes vont pleuvoir. « So Young but So Cold », évidemment, « Take Me tonight » jusqu’au moins intéressant mais tout aussi célèbre « Pussycat ». Mona Soyok fait le spectacle, comme d’habitude, sans réserve, entre séduction (parfois un peu trop), et folie sauvage. Le contact avec le public est constant, jusqu’à sauter dans la foule, portée par des fans aux anges. Je ne reviendrais pas sur la musique, le groupe ne composant pas de nouveaux morceaux, le set est souvent proche de concert en concert (pour moi c’est déjà la troisième fois depuis la reformation). Une moitié de tubes du début, joués avec un peu moins de tension qu’à l’époque, mais toujours aussi bons, et une autre moins a mon goût, avec les titres les plus récents ou les plus jazz. Sans oublier, l’espèce de morceau affreux avec lequel ils aiment finir, sur fond de musique new-age. Mais peu importe. Le seul « So Young But So Cold » me ferait rentrer heureux d’un concert de Kas Product. Et il faut avouer que l’énergie qu’offre Mona après toutes ces années est vraiment impressionnante. Rien que pour ça, il est difficile de résister. Merci pour ce « Try Out » que j’écoute si souvent, et merci pour cette belle vitalité tant d’année après.

 

Photos : mat.e.matic (Kas Product en haut ; Dear Deer en bas)