« J’en ai assez des récits linéaires », écrit Tim Lane dans l’un des billets autobiographiques de ce livre. Alors il a créé Les solitaires, qui rassemble tout un tas de formes variées: des dessins uniques pleine page, de la prose, de la bd plus classique (découpée en gaufriers), des vieilles photos, des paroles de chansons, des figurines (des membres des Temptations, notamment) à découper et coller soi-même, des passages autobiographiques donc (dans lesquels l’auteur explique d’où vient son attirance pour la moto, par exemple), des récits à suivre, des mini-dossiers mettant un coup de projecteur sur l’histoire des Harley-Davidson ou les apparitions supposées d’extraterrestres aux Etats-Unis…Ce qui rassemble toutes ces formes et autres histoires? Leur signature graphique, bien sûr, avec ce noir et blanc inquiétant et un brin irréel (très influencé par Burns) très réussi qui débouche sur quelques portraits fabuleux. Et aussi le fait qu’elles parlent toutes d’outsiders en fuite, de loners en marge de la société de consommation actuelle, de mecs qui se rendent compte qu’ils n’en peuvent plus de leur petite vie bourgeoise bien ordonnée, de toqués qui ne se souviennent plus qui ils sont et prennent la route pour refaire leur vie….Bref, de solitaires inadaptés sociaux. Des histoires différentes mais qui se font écho et dialoguent entre elles, sur fond de roman noir.

Une forme (elle rappelle les livres de Chris Ware comme Acme ou Jimmy Corrigan) qui explore l’envers du rêve américain et permet au dessin de Lane de s’exprimer sans entraves. Original.

(Récit complet – Delcourt)